Shiatsu

"Les médecines chinoises s'infiltrent à l'hôpital."


Tel est le titre de l'article du Monde, paru le 11 octobre dernier .



Bien que louable, car chaque article concernant le shiatsu paru dans la presse française est un plaisir pour tous mes collègues, les enseignants et les fans du shiatsu et tout le monde sur le web semble se réjouir de cette parution.
Cela dit, je n'apprécie que très peu le titre.

"Les médecines chinoises", comme si il y en avait un paquet de médecines chinoises et en plus "elles s'infiltrent" dans des hôpitaux, ça ne vous rappelle pas l'expression utilisée pour écrire sur les sectes ?

Quand je pense aux doux sourires des professionnels de la santé "officielle" scientifiquement approuvée qui me regardaient comme un extraterrestre quand j'ai parlé, il y a quelques années, du shiatsu dans les hôpitaux et que ce n’est pas la santé mais la maladie qui fait gagner de l’argent. Le professeur André Grimaldi serait sûrement d'accord car il disait lui même dans le Monde Diplomatique (septembre 2006) :

"Il devient par exemple plus rentable d’amputer un patient que de le soigner pour prévenir une telle opération…"

De quelle façon va-t'on faire les essais cliniques à double aveugle avec le shiatsu ?

Comment évaluer et mesurer la relation, la présence, le "coeur" de chaque praticien envers le patient, les qualités sans lesquelles, le shiatsu reste une "pression des doigts" ?

Comment prouver, chiffrer scientifiquement, selon les critères d'aujourd'hui, l'amour, la compassion, l'intuition, le ressenti ? J’attends impatiemment « les preuves scientifiques » des méthodes approuvées par leur pays d’origine comme le Japon ou la Chine et dans des pays européens où mes collègues travaillent en toute légalité dans des hôpitaux, des instituts psychiatriques et des centres pour les handicapés avec des médecins en complémentarité.



La Fédération Française de Shiatsu Traditionnelle (http://www.ffst.fr/)  envisage de créer un colloque discussion entre les professionnels de la santé, les praticiens de shiatsu et les témoins qui ont reçu un ou plusieurs traitements de shiatsu. Je suis impatiente d'y assister.

L'article finit même par de fortes réticences et des freins (déjà !) de certains, comme le Professeur André Grimaldi, diabétologue, défenseur de l'hôpital public français.

Le lien vers l'article se trouve ici : http://www.lemonde.fr/cgi-bin/ACHATS/acheter.cgi?offre=ARCHIVES&type_item=ART_ARCH_30J&objet_id=1170607&clef=ARC-TRK-D_01

Sinon, voici la retranscription de l'article en entier :

"Les médecines chinoises s'infiltrent à l'hôpital"

Le MONDE
16h07 • Mis à jour le 11.10.11


A Paris, une vingtaine de services de l'AP-HP intègrent l'acupuncture et le shiatsu, en complément de traitements au long cours.


Cela fait des années que Sabine (le prénom a été changé) a des vertiges. Elle est pour cela suivie dans le service d'otho-rhino-laryngologie (ORL) du professeur Georges Lamas à l'hôpital parisien de La Pitié-Salpêtrière. Après deux séances de shiatsu, la sensation de "tête flottante" qui l'incommode a disparu. Le shiatsu, littéralement "pression des doigts", est une technique d'origine japonaise. C'est une médecine énergétique qui vise à rétablir l'harmonie du corps en agissant sur les méridiens, selon les principes de la médecine traditionnelle chinoise.


Sabine fait partie de la trentaine de patients de ce service à avoir suivi des séances de shiatsu. "Cette pratique vise à apporter un complément, voire un réconfort aux patients qui sont en souffrance. La rééducation classique ne soigne pas tous les symptômes : acouphènes, raideurs de la nuque, stress", explique Sophie Jamet, infirmière diplômée en rééducation vestibulaire, à l'origine du projet, qui a démarré il y a un an.


Les patients ont droit à trois séances gratuites, puis trois dans un dispensaire proche. Parallèlement, une fois par mois, des massages sont proposés au personnel. La prochaine étape serait d'évaluer scientifiquement ces données, indique Céline Kilhoffer, cadre de santé. Si les bienfaits du shiatsu sont réels, il reste à les évaluer.


Une étude, en cours d'écriture de procédure, sur l'apport du shiatsu pour atténuer la fatigue liée à certaines pathologies neurologiques comme la sclérose en plaques (SEP), la maladie de Parkinson ou la sclérose latérale amyotrophique (SLA), devrait démarrer au second semestre 2012 dans le cadre d'un programme hospitalier de recherche clinique (PHRC), à l'initiative du docteur Nadine Le Forestier, neurologue à La Pitié-Salpêtrière.


"Cette pratique, qui se veut complémentaire des traitements au long cours, ne pourra être introduite que si elle est officialisée par une recherche thérapeutique rigoureuse", explique le docteur Le Forestier. L'idée est née lorsque ce médecin a reçu un courrier de la fille d'une de ses patientes, décédée. "Cette femme, atteinte de SLA, a vu ses douleurs atténuées par le shiatsu et a eu une fin de vie plus paisible", précise Bernard Bouheret, praticien et enseignant de shiatsu depuis trente ans. L'expérience est également positive pour les parents d'enfants adoptés. Le pédiatre Frédéric Sorge proposait, lorsqu'il était à Saint-Vincent-de-Paul, d'apprendre aux parents adoptifs à toucher leurs enfants avec la technique du shiatsu. Il souhaite poursuivre l'expérience à l'hôpital Necker.

Le shiatsu fait partie des nombreux traitements complémentaires qui font leur entrée dans les hôpitaux. Une vingtaine de services des hôpitaux de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) intègrent la médecine chinoise, médecine ancestrale. Elle recouvre quatre grandes disciplines : la pharmacopée, l'acupuncture, les massages thérapeutiques (tui na, shiatsu), et les pratiques psycho-corporelles (qi gong et tai-chi).


L'acupuncture est par exemple utilisée pour traiter la douleur en obstétrique ou en gynécologie notamment. Le qi gong est proposé aux personnes obèses dans le service de nutrition de la Pitié de Jean-Michel Oppert.


"Notre but est d'identifier quels traitements peuvent être efficaces en intégrant la médecine chinoise à la prise en charge conventionnelle", souligne le Dr Catherine Viens-Bitker, chargée de cette question à la direction de la politique médicale de l'AP-HP. "Cela peut être très utile en prévention secondaire des maladies chroniques, poursuit-elle. J'ai suivi une femme atteinte d'un cancer du sein en chimiothérapie. Elle avait des picotements très forts au bout des doigts, de fortes douleurs dans les mains, et perdait ses ongles. Après une séance de shiatsu et de l'acupuncture, la douleur a disparu, les picotements sont devenus gérables et elle n'a plus perdu ses ongles", explique Maxime Rigobert, praticien de shiatsu.


"50 % des patients en oncologie et 75 % des personnes souffrant d'une maladie chronique ont recours à des médecines complémentaires. Elles ont de bons effets, sont sans toxicité majeure et coûtent moins cher", explique le professeur Jean-Raymond Attali, de la Fédération mondiale des sociétés de médecine chinoise (WFCMS). "Le shiatsu atténue les effets de la chimiothérapie, comme la fatigue ou les nausées", explique Bernard Bouheret. "L'usage montre que cela marche. Il faut maintenant mettre en évidence cette efficacité", ajoute le Dr Viens-Bitker.




Neuf projets de recherche ont été retenus dans le PHRC d'Ile-de-France, qui en compte 900. Un colloque sur la médecine chinoise en milieu hospitalo-universitaire s'est tenu le 16 septembre à La Pitié-Salpêtrière. Les médecines dites complémentaires constituent en outre l'un des points du plan stratégique 2010-2014 de l'AP-HP. "Le but est de faire de ces thérapies des actes du quotidien, pour la santé de nos patients", a affirmé Mireille Faugère, directrice générale de l'AP-HP, lors de ce colloque.

Les réticences restent fortes. Le professeur André Grimaldi, diabétologue, a vivement raillé ce colloque. "Notre rôle est d'avancer dans la connaissance de ces médecines, sans a priori", concède le docteur Catherine Viens-Bitker. Malgré les freins, le mouvement est lancé.


Pascale Santi


Article paru dans l'édition du 12.10.11.







Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire