Publié avec l’aimable accord de l’auteur Frédéric DUPERTOUT - 8e dan diplômé du Japon - SAIKO SHIHAN pour l'Europe - SHU SEKI pour la partie "combat réel" du SANO RYU KARATE JUTSU - KYOOSHI - Diplômé d'Etat 2e degré
On est parfois surpris en voyant la légèreté et l'insouciance avec laquelle certains choisissent leur futur professeur. En fait, il n'y a généralement pas de choix, à proprement parler, car il est très courant de s'adresser à celui qui exerce le plus près de chez soi ! Reconnaissons toutefois qu'un débutant aura du mal à s'y reconnaître, puisque les critères de sélection sont parfois assez flous. Et tous les professeurs sont loin de se valoir.
Alors comment choisir ?
Pour ceux qui sont réticents à se confier au premier venu, il existe plusieurs critères de sélection, mais aucun de donnera de certitude absolue quant à la qualité de l'enseignement. les diplômes d'enseignement (diplôme d'état, fédéral, européen,… ou pas du tout)les dans (français, japonais, reconnus ou pas,…)les distinctions (renshi, etc.)les titres de "champion"le statut de professionnel (c'est-à-dire qui ne vit que de son enseignement), avec ses avantages et ses inconvénientsle statut d'amateur, le bénévole, etc.la tenue du cours, l'attitude des élèvesle discours du professeur : les buts sont-ils exprimés clairement ?enfin, la confiance intuitive (encore que…)
LES DIPLOMES D'ENSEIGNEMENT
On croit généralement que si un professeur exerce ouvertement, c'est qu'il est diplômé, et c'est parfois vrai. Parfois seulement. Car aucun diplôme n'est exigé pour celui qui enseigne à titre bénévole (ou à peu près). Sinon il peut être titulaire de diplômes d'enseignement allant du plus accessible (instructeur fédéral) au plus difficile (brevet d'état 1er degré, 2e degré, le 3e étant en fait sur "cooptation").
A ma connaissance, aucun de ces diplômes ne prépare réellement à ce métier. Seul le côté "sportif" est pris en compte (et encore, assez mal), alors que les "arts martiaux" sont tout autre chose. Par contre, j'ai (parfois !) rencontré de bons professeurs sans diplôme.
Conclusion : le diplôme (ou l'absence de diplôme) ne veut rien dire. LES DANS Le terme "dan" veut dire "niveau" en japonais. On peut être ceinture noire 1er, 2e, 3e dan, etc. jusqu'au 10e dan (tout à fait exceptionnel).
Ces grades, calqués sur les grades militaires à la fin du XIXe siècle, peuvent avoir été délivrés par une fédération sportive ou bien par un maître issu d'une lignée de maîtres (transmission initiatique japonaise). Il n'existait pas de dan dans les styles chinois (kung fu, tai chi, etc.) jusqu'à ces toutes dernières années. Les fédérations sportives les ont employés dans un but commercial.
La fédération française délégataire a "protégé" le terme "dan", astuce juridique visant à prétendre au monopole d'attribution des grades (rappelons que dan est un mot courant de la langue japonaise). Mais bien entendu, il semble difficile, juridiquement, d'interdire à un citoyen de faire savoir qu'un maître japonais de telle ou telle lignée l'a désigné comme porteur de tel ou tel grade : c'est de l'information. Certaines écoles japonaises ont en outre compris le parti qu'elles pouvaient en tirer, et vendent des grades authentiques, à prix fixe, et sans trop d'état d'âme…
Conclusion : un grade (dan) vaudra essentiellement en raison de l'autorité qui l'aura décerné. Le fait qu'il soit "reconnu" ou "officiel" n'a de valeur qu'administrative, et encore !
LES DISTINCTIONS C'est un système japonais d'évaluation des maîtres, beaucoup plus ancien que les dans.
Les plus connus sont : RENSHI, KYOSHI, SAIKO SHIHAN, HANSHI. Là aussi, ces titres vaudront surtout ce que vaut celui qui les a décernés…
renshi = maîtrise extérieure, chercheur qui commence à s'éveiller
kyoshi = maîtrise intérieure, grande connaissance de l'art
shihan = maître "modèle"
saiko shihan = maître (shihan) le plus élevé de la lignée (ryu)
hanshi = maîtrise intérieure et extérieure unifiée, exemple à suivre
Conclusion : ce système est encore assez sérieux, mais à mon humble avis il ne tardera pas, lui non plus, à se pervertir.
LES TITRES DE "CHAMPION"
Il n'est certes jamais facile de devenir champion, mais, outre que les arts martiaux sont faits pour se défendre dans la réalité et pas pour gagner des compétitions, un titre de champion indiquera surtout que son détenteur s'est limité à l'aspect sportif de son art. Il faut le savoir. Conclusion : rien que pour les championnats de France, il y a chaque année : 1 champion par catégorie de poids plus 3 vice-champions, et je ne parle pas des championnats départementaux, régionaux, etc. En dix ans ça fait du monde ! C'est donc quelque chose de très répandu.
PROFESSEUR PROFESSIONNEL
C'est celui qui ne vit que de son enseignement. Ca devrait donc être un gage de qualité, car un professeur médiocre devrait, à la longue, avoir la réputation qu'il mérite, et donc ne pas pouvoir se maintenir dans la profession. Attention cependant, car pressé par le besoin, il peut aussi bien vendre avec brio de la soupe, flatter le client et compenser grâce à son sens du commerce les lacunes qu'il aura par ailleurs.
Conclusion : il y a "professionnel" et "professionnel"… AMATEURS, BENEVOLES, etc.
Bien sûr, il y en a de tout à fait remarquables, mais on peut tout de même se demander où ils trouvent le temps, l'énergie, l'argent pour se former, s'entretenir et progresser intérieurement et extérieurement. Ils enseignent souvent pour pas cher, peut-être justement parce que ça ne vaut pas cher ! Et souvent, pour éviter les risques de faillite ils exercent aux frais du contribuable dans des salles de sport municipales. Ceci dit, il faut les comprendre, car ce sera de toute façon une profession qui rapporte trop peu, alors que les frais (loyer ou achat d'un local, frais fixes et d'entretien,…) sont démesurés.
Conclusion : pas de conclusion hâtive mais vérifier quand même les états de service, et surtout de qui il tient ses "sacrements". TENUE DU COURS, ATTITUDE DES ELEVES, etc. C'est à mon sens un élément essentiel. Si vous assistez à un cours, il y a un critère qui ne trompe pas : si le professeur est obligé de crier pour dominer le tumulte et se faire entendre, méfiez-vous. Si au contraire les élèves tendent à baisser la voix de peur de perdre une miette de l'enseignement, ce sera plutôt bon signe. Evitez les dojos où les élèves arrivent avec leur bouteille d'eau, sortent pour se rafraîchir, vont bavarder un instant avec un visiteur, etc.
Conclusion : les élèves vous en apprendront beaucoup sur leur professeur. Ne perdez pas de vue que vous serez peut-être bientôt un de ceux-ci. DISCOURS DU PROFESSEUR – SES BUTS Dans le discours du professeur, sachez repérer les lieux communs qui se retrouvent à tout bout de champ. Parmi ces clichés, les plus cocasses ("les arts martiaux sont pacifique"), les plus irresponsables ("on peut se défendre, mais sans faire de mal à l'adversaire") côtoient ceux qui suivent une mode inconsidérément pacifiste.
Conclusion : recherchez un discours "vrai". LA LIGNEE DES MAITRES La grande majorité des professeurs ont obtenu leurs grades et leurs diplômes d'une fédération sportive, après un enseignement également sportif. D'autres, plus rares, ont été reconnus par leur propre maître, qui lui-même avait été expressément désigné par le leur, et ainsi de suite. Et là aussi, il y a le meilleur et le pire.
Le MEILLEUR, car les subtilités, les savoir-faire, et même éventuellement des techniques très confidentielles ont pu se transmettre sans trop d'altération, et même s'affiner à chaque génération. Dans les cas de lignées (ryu), où il est difficile de se faire admettre, les grades auront généralement une très haute valeur. Le PIRE, car certains maîtres de ryu, sans illusion devant la tendance générale à tout pervertir dans les sens de la facilité, s'arrangeront pour vendre, comme je l'ai dit plus haut sans trop d'état d'âme, un enseignement très dégénéré. Ainsi que les grades qui vont avec. Quand l'argent rentre, la morale est sauve.
CONCLUSION
Rien de ce qui caractérise un professeur d'arts martiaux ne peut donc être a priori un gage absolu de qualité. Mais ce sera tout de même un moyen de restreindre la recherche. Pour le reste, le mieux sera de vous déplacer, de regarder, de vous renseigner par des questions précises, et enfin, de laisser le dernier mot à votre intuition.