Publié avec l’aimable accord de l’auteur Frédéric DUPERTOUT - 8e dan diplômé du Japon - SAIKO SHIHAN pour l’Europe - SHU SEKI pour la partie “combat réel” du SANO RYU KARATE JUTSU - KYOOSHI - Diplômé d’Etat 2e degré
Et il y a les enfants…
Que l’on s’y intéresse ou non, que l’on y porte trop ou pas assez d’intérêt, ils n’en sont pas moins installés parmi nous et vivent grâce à nous. Parfois, on pourrait même dire malgré nous.
Toutes les sociétés humaines et animales ont proposé ou expérimenté les comportements les plus variés à leur égard mais ces attitudes assez stéréotypées se résument toujours à un nombre restreint de possibilités (et leur contraire) :
» on les met au monde (et on les tue)
» on les aime (et on les déteste)
» on les protège (et on les affaiblit)
» on les rend autonomes (et on les maintient sous influences)
» on s’en protège (et on s’en rend esclaves)
Ce sont les cinq points forts qui à eux tous résument la notion d’éducation.
Toutes ces pulsions font partie des attitudes archaïques fondamentales sans lesquelles une espèce ne sauraient se maintenir en vie (leur contraire fait également partie de la programmation génétique à laquelle nous sommes soumis).
Qu’on les mette au monde, tout le monde trouve cela naturel. Ce qui l’est moins, aux yeux de l’opinion, c’est leur mise à mort. L’infanticide est considéré dans les sociétés « civilisées » comme une abomination, ce qui est évident, et comme un acte contre nature, ce qui l’est moins.
La lignée humaine a vu le jour il y a quatre millions d’années, et cette lignée dérive de lignées animales beaucoup plus anciennes… Or le monde vivant, dans sont ensemble, pratique l’infanticide. Et ce dans quatre cas précis :
1- La prédation- les petits (pas nécessairement d’une autre espèce) seront des proies plus faciles que les adultes.
2- Les petits empêche le mâle d’accéder aux faveur de la femelle car leur présences provoque un flux hormonal qui la poussera à protéger ses petits et à repousser le mâle reproducteur dont rien ne justifie la présence. Ce mâle s’efforcera donc de tuer les bébés.
3- Le femelle entourée de petits et ayant perdu la protection de son mâle aura besoin de s’attirer les faveurs d’un mâle si possible dominant (chez les grands singes et les primates en général). Elle tuera dons sa progéniture.
4- La nécessité de destruction définitive d’un groupe ou d’une famille en position de concurrence pour l’occupation d’un territoire. Dans ce cas, même s’il est trop hasardeux de s’attaquer aux parents, l’animal éliminera soigneusement tous les futurs adultes.
La pulsion de vie – et donc de plaisir est donc toujours la plus forte chez une espèce non dégénérés : si les petits la favorisent, ils vivront, sinon il faudra qu’ils meurent.
L’existence même des jeunes potentialise donc quatre dangers de morts :
» pour eux-mêmes
» pour leur mère qu’ils affaiblissent
» pour celui qui va constituer une menace
» pour celui qui servira de proie
Nous ne sommes en rien différents des animaux. Nous avons seulement quelques petites acquisitions tardives en plus. Nos attitudes et nos pulsions sont programmées de manière identique depuis des millions d’années et nous sommes donc confrontés, qu’on le veuille ou non aux même problèmes.
Pour eux-mêmes, les enfants sont un danger. Outre le fait qu’ils ont besoin d’amour, de nourriture et de toutes sortes de soins, ils sont incapables d’assurer leur propre protection et de se maintenir en vie. Mais le rôle des parents humains, qui sont capables de prévoir, sera de leur apprendre à assurer plus tard leur défense. Et il y a de quoi être scandalisé, indigné par l’attitude de ceux, trop nombreux, qui sous l’influence d’une certaine idéologie non-violente et pacifiste dont on ne connaît que trop l’origine, s’efforce de mettre leur descendance en état délibéré d’infériorité.
Pour leur mère qu’ils affaiblissent, le danger est présent aussi. Bien peut acceptent d’en prendre conscience. Point n’est besoin de se plonger dans la littérature misérabiliste pour voir les difficultés des femmes seules (veuves ou abandonnées) avec leurs enfants. Chez l’humain comme chez l’animal, il y aura un risque sérieux d’infanticide.
Les parents, dans toutes les espèces, ont une pulsion de protection qui les rend très dangereux. La chatte la plus affectueuse qui sent ses petits menacés nous sautera aux yeux. Les humains seront prêts aux pires violences comme aux pires malhonnêtetés pour mettre leurs enfants en sécurité.
Enfin, les enfants-proies ne doivent pas se borner à provoquer notre indignation distraite. Qu’au moins, ils nous fassent nous souvenir que la nature les tue autant qu’elle les protège et que Monsieur de la Palice en aurait donc conclu qu’il est naturel qu’il en soit ainsi.
Et il y a les adultes, si l’on peut dire…
Quand on voit certains adultes, on se dit qu’il ne leur manque que la parole. La parole sensée, bien sûr.
Si la violence se fait au détriment des enfants, ils en sont également les auteurs. Depuis peu, l’opinion semble abasourdie en découvrant des actes de banditisme dont se rendent coupables des gosses de 12 ans (vols à mains armée, viols, etc.) et l’on feint de croire que le phénomène est nouveau. Bien entendu qu’il n’en est rien.
Un exemple un peut ancien (XIème siècle) nous est donné par la Croisade des Enfants. Ce curieux évènement fut guidé par quelques jeunes garçons et filles de 12 à 14 ans. Le petit groupe partit au nord-est de la France pour conquérir et délivrer les Lieux Saints… A chaque village traversé, les enfants quittaient leurs parents pour se joindre à la troupe. Rapidement ils atteignirent le nombre de 4.000. Dès lors ce ne furent que meurtres, viols, pillages et destructions. A tel point qu’il fallut monter une opération militaire pour en exterminer la plupart. Les survivants réussirent à embarquer à Marseille sur deux bateaux dont l’un coula et l’autre les mena en esclavage à Alger.
Beaucoup plus près de nous, les samouraïs commençaient leurs premiers combats de guerre à 15 ans. Plus près encore (1945), le plus jeune soldat décoré par de Lattre (le général) avait 15 ans et fut tué peut après, alors que les allemands autorisaient les enfants de jeunesses Hitlériennes à s’engager dans une unité de Waffen SS qui leur était réservée. Avec d’ailleurs un règlement spécial, vu leur âge (interdiction de fumer, de boire de l’alcool, etc.). Les communistes ont franchi une étape supplémentaire : les soldats-enfants du Cambodge (parfois 8-10 ans) se sont chargés d’un génocide estimé à 3 millions de personnes. Il n’y a pas d’âge pour tuer, ni pour être tué.
Alors, horrifiés, les parents éduquent, les professeurs éduquent, la télévision éduque. Pour que les bambins soient de gentils bambins.
Cela va-t-il changer le monde et la nature humaine ? Sûrement pas. Les plus forts continueront à tuer les plus faibles. Et les plus faibles seront ceux qui auront été éduqué dans ce but.
On dit souvent que si la violence répond à la violence, cela ne finira jamais… Mais bien sûr, que cela ne finira jamais ! Seuls finiront ceux qui, naïfs, auront cru pouvoir en conclure qu’il faut se laisser faire pour qu’enfin la paix règne sur terre.
Chaque génération est la pour protéger la suivante. C’est ce que semble vouloir la Nature. Et pour ceux qui ont la vue un peut moins courte, c’est ce que semble vouloir ce qui se manifeste par la Création. Il faudrait être prétentieux pour vouloir s’y opposer.
Un jour, les enfants, ou du moins un certain nombre d’entre eux, seront des adultes. Et ceux qui n’auront pas appris à se battre et à gagner risquent d’en vouloir terriblement à leur aînés de les avoir privés des enseignements qui leur auraient permis de vivre en paix, c’est-à-dire en vainqueurs.
Et il y a les femmes…
Parmi les femmes à qui on raconte d’invraisemblables foutaises dans l’intention d’en disposer plus commodément, il y en aura toujours qui, contre toute attente, conquises d’avance et convaincues par principe, constituerons un auditoire de choix. Cette docilité présentera bien sur quelques avantages, accordés traditionnellement à ceux qui capitulent sans condition.
L’immense majorité de nos sociétés, au XXème siècle sont dites patriarcales, ce qui veut dire que les hommes, avec la complicité irréfléchie des femmes, se réservent le droit de décider. En contrepartie de quoi, les femmes échappent aux responsabilités. Ainsi, elles pourront se consacrer à des préoccupations plus riantes et qui, finalement, constituent le côté le plus agréable de la vie. Ca, c’est la version officielle.
Leur sécurité sera exclusivement l’affaire des hommes qui, c’est promis, n’y failleront point, dussent-ils se battre jusqu’à la mort, et même au-delà pour les plus courageux. Dans le cas toujours possible, où les choses tourneraient mal, les Chevaliers Blancs et autres splendides héros ne manqueraient pas de se présenter en nombre suffisant pour rétablir la situation. Par conséquent, sans hésitations ni murmures, ces demoiselles, puis ces dames voudront bien se consacrer à leur ménage, leur vaisselle et pour les plus instruites, à des lectures traitant de préférence de ces préoccupations féminines.
Voilà, à peine forcé, le tableau général. On reste confondu devant la naïveté parfois réelle de celles qui s’en font elles-mêmes les porte-parole. Beaucoup vont même au-delà, s’efforçant étourdiment de propager des doctrines non-violentes qui ne convaincront jamais, par définition, ceux qui leur porteront préjudice ainsi qu’à leurs proches. Leurs enfants en seront affaiblis et affaibliront à leur tour leur descendance. Il en a été ainsi durant des siècles, ce qui, par effet d’inertie rend presque impossible une volte-face générale.
Mais depuis quelques années, une certaine tendance à la réaction semble secouer (un peu) cette dangereuse torpeur. Parallèlement à celles qui, sottement d’efforcent de penser ( ?) que leur faiblesse les met à l’abri, d’autres paraissent assez disposées à faire face à la réalité. Il y a bien sûr celles qui pratiquent les arts martiaux, s’exposant d’ailleurs courageusement à subir les sarcasmes faciles de ceux (et celles) qui en seraient bien incapables. Celles-là constituent une sorte d’élite, un fer de lance, et j’ai beaucoup d’admiration pour celles qui préservent malgré un entourage qui leur conseille « gentiment » de rentrer dans le rang. D’autres, n’ayant ni le temps ni la force inciteront leurs enfants à pratiquer et leur rôle sera essentiel.
Pratiquer les arts martiaux, surtout pour une femme, ne signifie pas seulement un entraînement physique, mais aussi et surtout l’intégration de ces principes d’efficacité destinés à détruire l’adversité si possible avant qu’elle ne se manifeste.
On sait que la civilisation se transmue par les femmes. Du moins notre conception de la civilisation. Et on dirait que l’édifice hésite sur le côté sur lequel il va s’incliner. Si les doctrines non-violentes s’imposent dans nos civilisations, nous devrons laisser la place à d’autres qui, mieux que nous auront su donner leur chance aux forces de la Vie.
Les anciens Maîtres avaient compris que leur enseignement touchait à quelque chose de beaucoup plus profond que ce qui apparaît à la surface. Sous cette surface, accessible par les yogas, taï kan et autres techniques, se trouvent les forces qui nous gouvernent. Sur la surface se voient les résultats. Entre autres :
→ RIEN N’EST STABLE, PAS PLUS LA DEFAITE QUE LA VICTOIRE.
→ IL N’Y A PAS DE PAIX SANS VICTOIRE.
→ LA PAIX EST DANGEREUSE CAR ELLE SE FINIT SUR LA GUERRE.
lundi 16 juillet 2007
LA FAIBLESSE ENGENDRE LA BRUTALITE
LE CARACTERE
Publié avec l’aimable accord de l’auteur Frédéric DUPERTOUT - 8e dan diplômé du Japon - SAIKO SHIHAN pour l’Europe - SHU SEKI pour la partie “combat réel” du SANO RYU KARATE JUTSU - KYOOSHI - Diplômé d’Etat 2e degré
Un proverbe d’inspiration visiblement taoïste dit que « le clou qui dépasse attire le marteau ». A partir de cette constatation, deux attitudes sont possibles :
- la première, qui consiste à ne pas dépasser pour éviter de prendre des coups de marteau sur la tête, sera inspirée par la prudence. Il y aura là également une recherche d’harmonie bien comprise, qui admet que le monde est soumis à certaines règles et qu’il serait vain de ne pas s’y conformer.
- La seconde, qui elle consiste à dépasser, pour se conformer à la haute idée que l’on se fait de soi-même tout en étant conscient du prix qu’il faudra payer. Ce prix sera généralement élevé et toute la question est de savoir si cette seconde attitude peut être considérée comme juste.
La question est d’importance, car nous sommes tous soumis à ces lois ayant trait à la vie et à la mort. Il s’agit de sélection naturelle, bien sûr, mais aussi sociale, se manifestant à tous les niveaux. Bien évidemment, aucune de ces deux options ne peut à elle seule résoudre tous les problèmes, car la nature, fluctuante par essence, est un subtil (et harmonieux !) dosage des deux.
La qualité qui nous permettra de doser, tout en gardant à l’esprit la nécessité de nous épanouir, de nous affirmer et finalement de nous imposer pour quelque temps à notre environnement s’appelle : LE CARACTERE.
EN EFFET, NOTRE VALEUR NE SE MESURE PAS A NOTRE NIVEAU D’INSTRUCTION, MAIS A NOTRE CARACTERE QUI NOUS DONNE UNE ARMURE INTERNE RESISTANTE. LE SYSTEME D’EDUCATION EST DONC PLUS IMPORTANT QUE CEUX QU’ON MEMORISE.
Ce n’est sans doute pas par hasard que le Japon (entre autres pays asiatiques), qui a intégré les arts martiaux dès le plus jeune âge dans le système scolaire, a plus d’ingénieurs que l’Angleterre, l’Allemagne et la France réunies. Il fabrique autant de navires que le reste du monde, du moins dans ce domaine il suit les lois impitoyables de la nature.
Les occidentaux fonctionnarisée, en voiturés, surchauffés, matérialisés, en vacancés, insouciants d’avenir mais soucieux de digestion ont perdu leur dernière ressource, leur caractère. Nous avons là le résultat de décennies d’antipatriotismes, de haines sociales, de guerres fratricides, d’obsession de confort, de supporters de football et de fast-food.
Il ne fait pas toujours bon être le clou qui dépasse ! Un certain général de haute taille et de grand renom disait : « les français sont des veaux ! ». Depuis, nos compatriotes ont grandi, et ils s’appellent l’insouciance béate du bœuf qui broute l’herbe du sentier par lequel on le mène à l’abattoir. Rares sont les individus osant agir, ou même penser autrement que leur entourage. Cette restriction des idées personnelles et originales, signe évident d’appauvrissement nous fait fuir les évidences et les réalités pour nous réfugier dans le rêve, la chimère, l’illusion.
Alors ?… Il est certain que notre rôle n’est pas changer le monde ni la société. A titre individuel nous ne pourrions pas venir à bout des inégalités, des haines, du chaos et de cette absence totale de fraternité.
Notre rôle est plus simplement de nous réaliser, d’oser parfois assumer le dépassement du clou et le choc du marteau. Les arts martiaux sont faits pour cela.
Il faut se rappeler qu’ils trouvent une de leurs origines dans la formation monastique. Le fameux monastère HSIAO LIN (petite forêt) formait une élite révolutionnaire militaire et morale dont le but à moyen ou à long terme était de renverser la dynastie mandchoue (donc des envahisseurs) pour restaurer les empereurs chinois. A l’heure actuelle, le but des adeptes européens n’est bien sûr plus le même, mais il s’agit toujours d’une démarche visant à nous survaloriser, à augmenter nos capacités intérieures aussi bien qu’extérieures.
Tout fonctionne par alternance. Il est parfois avantageux de se faire oublier, de se fondre momentanément dans le paysage, mais ces périodes devront être entrecoupées par d’autres, durant lesquelles nous sauront, malgré le choc du marteau, relever la tête, ne serait-ce que parce que c’est là notre bon plaisir.
Le texte qui suit1 pourra utilement rappeler à ceux qui se seraient laissé influencer par les idées à la mode que les arts martiaux, même dans leur version modernisée, n’ont pas été conçus pour l’éducation morale et sportive de la jeunesse bien-pensante.
1 In ‘Tao Yin » Juin-Juillet 1997 page 60.
Un proverbe d’inspiration visiblement taoïste dit que « le clou qui dépasse attire le marteau ». A partir de cette constatation, deux attitudes sont possibles :
- la première, qui consiste à ne pas dépasser pour éviter de prendre des coups de marteau sur la tête, sera inspirée par la prudence. Il y aura là également une recherche d’harmonie bien comprise, qui admet que le monde est soumis à certaines règles et qu’il serait vain de ne pas s’y conformer.
- La seconde, qui elle consiste à dépasser, pour se conformer à la haute idée que l’on se fait de soi-même tout en étant conscient du prix qu’il faudra payer. Ce prix sera généralement élevé et toute la question est de savoir si cette seconde attitude peut être considérée comme juste.
La question est d’importance, car nous sommes tous soumis à ces lois ayant trait à la vie et à la mort. Il s’agit de sélection naturelle, bien sûr, mais aussi sociale, se manifestant à tous les niveaux. Bien évidemment, aucune de ces deux options ne peut à elle seule résoudre tous les problèmes, car la nature, fluctuante par essence, est un subtil (et harmonieux !) dosage des deux.
La qualité qui nous permettra de doser, tout en gardant à l’esprit la nécessité de nous épanouir, de nous affirmer et finalement de nous imposer pour quelque temps à notre environnement s’appelle : LE CARACTERE.
EN EFFET, NOTRE VALEUR NE SE MESURE PAS A NOTRE NIVEAU D’INSTRUCTION, MAIS A NOTRE CARACTERE QUI NOUS DONNE UNE ARMURE INTERNE RESISTANTE. LE SYSTEME D’EDUCATION EST DONC PLUS IMPORTANT QUE CEUX QU’ON MEMORISE.
Ce n’est sans doute pas par hasard que le Japon (entre autres pays asiatiques), qui a intégré les arts martiaux dès le plus jeune âge dans le système scolaire, a plus d’ingénieurs que l’Angleterre, l’Allemagne et la France réunies. Il fabrique autant de navires que le reste du monde, du moins dans ce domaine il suit les lois impitoyables de la nature.
Les occidentaux fonctionnarisée, en voiturés, surchauffés, matérialisés, en vacancés, insouciants d’avenir mais soucieux de digestion ont perdu leur dernière ressource, leur caractère. Nous avons là le résultat de décennies d’antipatriotismes, de haines sociales, de guerres fratricides, d’obsession de confort, de supporters de football et de fast-food.
Il ne fait pas toujours bon être le clou qui dépasse ! Un certain général de haute taille et de grand renom disait : « les français sont des veaux ! ». Depuis, nos compatriotes ont grandi, et ils s’appellent l’insouciance béate du bœuf qui broute l’herbe du sentier par lequel on le mène à l’abattoir. Rares sont les individus osant agir, ou même penser autrement que leur entourage. Cette restriction des idées personnelles et originales, signe évident d’appauvrissement nous fait fuir les évidences et les réalités pour nous réfugier dans le rêve, la chimère, l’illusion.
Alors ?… Il est certain que notre rôle n’est pas changer le monde ni la société. A titre individuel nous ne pourrions pas venir à bout des inégalités, des haines, du chaos et de cette absence totale de fraternité.
Notre rôle est plus simplement de nous réaliser, d’oser parfois assumer le dépassement du clou et le choc du marteau. Les arts martiaux sont faits pour cela.
Il faut se rappeler qu’ils trouvent une de leurs origines dans la formation monastique. Le fameux monastère HSIAO LIN (petite forêt) formait une élite révolutionnaire militaire et morale dont le but à moyen ou à long terme était de renverser la dynastie mandchoue (donc des envahisseurs) pour restaurer les empereurs chinois. A l’heure actuelle, le but des adeptes européens n’est bien sûr plus le même, mais il s’agit toujours d’une démarche visant à nous survaloriser, à augmenter nos capacités intérieures aussi bien qu’extérieures.
Tout fonctionne par alternance. Il est parfois avantageux de se faire oublier, de se fondre momentanément dans le paysage, mais ces périodes devront être entrecoupées par d’autres, durant lesquelles nous sauront, malgré le choc du marteau, relever la tête, ne serait-ce que parce que c’est là notre bon plaisir.
Le texte qui suit1 pourra utilement rappeler à ceux qui se seraient laissé influencer par les idées à la mode que les arts martiaux, même dans leur version modernisée, n’ont pas été conçus pour l’éducation morale et sportive de la jeunesse bien-pensante.
1 In ‘Tao Yin » Juin-Juillet 1997 page 60.
QUELQUES VERITES EVIDENTES
Publié avec l’aimable accord de l’auteur Frédéric DUPERTOUT - 8e dan diplômé du Japon - SAIKO SHIHAN pour l’Europe - SHU SEKI pour la partie “combat réel” du SANO RYU KARATE JUTSU - KYOOSHI - Diplômé d’Etat 2e degré
L’ESSENTIEL, C’EST DE PARTICIPER…
Il faut reconnaître que la formule a belle allure, qu’elle sert de devise à l’organisation des Jeux Olympiques et qu’elle a été prononcée par cet inverti notoire qu’était le baron Pierre de Coubertin(1)
Sorti de là…
Bien entendu, pour les organisateurs de spectacles sportifs, il faut un gagnant et des perdants. Si possible un grand nombre de perdants pour étoffer la scène. A ceux-là, il faudra bien expliquer qu’il est essentiel de participer… à la victoire de leur adversaire. Pourquoi pas, si tout cela reste un jeu, mais le sport n’a de jeu que le nom. Ou bien au sens où on l’entend dans les casinos. La direction du casino gagne toujours. L’essentiel étant qu’il y ait des clients. Tant qu’il ne s’agit que de jouer au volley-ball sur la plage, tout va bien. Par contre, dès que le niveau s’élève…
Mais le karaté, ainsi que l’ensemble des Arts Martiaux, n’est pas un sport. En japonais UNDO (le sport) et BUDO (les Arts Martiaux) sont deux choses très différentes. Le karaté est un art à part entière. C’est un art de combat et de guerre, et à ce titre il nous fait approcher ce qu’il y a de plus profond dans la nature : la lutte entre ce qui veut vivre et ce qui veut s’emparer de cette vie pour sa propre subsistance. Et ceci depuis l’échelle biologique et spirituelle. C’est la lutte entre ce qui vit et ce qui cherche à exister et à vivre.
Dans mes cours, je répète à mes élèves que le combat suit les règles de la nature. Et que si nous le comprenons bien nous connaîtrons notre propre nature à travers notre propre combat. On peut se battre contre des forces extérieures, pour se défendre contre des prédateurs, pour chasser, ou bien contre les représentants de sa propre espèce. On dit parfois que l’Homme est le seul animal à se battre contre ses semblables. C’est faux, bien sûr. Les animaux le font dans trois circonstances :
♦ Le combat rituel (pas forcement mortel)
♦ Le combat pour tuer
♦ L’infanticide
Dans les deux premiers cas, les techniques employées sont très différentes et laissent apercevoir des charges émotionnelles très distinctes.
Le combat rituel se déroule avec un seul adversaire, face à face de manière plus ou moins codifiée. C’est ce qui correspond à une compétition sportive. Le combat pour tuer, celui qui, correspondrait à un assassinat obéit à des règles très différentes : attaque de dos ou de flanc, si possible par surprise, si possible encore à plusieurs contre un, et de manière générale si l’on a toutes les chances de son côté. C’est l’attitude typique de l’animal vivant en société organisée et refusant l’intrusion de congénères n’appartenant pas à son clan. Il semblerait que l’Homme soit doté de cette sorte de programmation génétique, venue par atavisme de fond des âges.
L’infanticide, très répandu dans le monde animal pour des raisons bien précises est bien une agression intra spécifique, mais ce n’est pas un acte de combat à proprement parler. A ce titre il ne nous intéresse pas directement.
Il y a longtemps que les comportements « animaux » de l’Homme choquent les moralisateurs et bien entendu, toutes les manipulations de la raison ont été envisagées dans le but de nous rendre compatibles avec un modèle acceptable. Je ne pense pas qu’il faille en attendre grand-chose de bon.
Les instincts qui poussent les animaux à participer aux combats rituels nous poussent également à nous mesurer les uns aux autres à travers des rites. Mais ce ne sont pas les mêmes. On ne se bat plus pour conquérir le cœur d’une jolie dame. Tout simplement parce que ça marche plus et qu’on a imaginé bien d’autres moyens tout aussi rituels et codifiés pour arriver à cette fin. Mais nous ne pouvons pas, sous prétexte de modernisme, de maturité et d’évolution, nier purement et simplement ce qui en fait notre vraie nature.
Parmi les gens qui viennent me voir pour apprendre la Karaté, beaucoup pense sincèrement ( ?) qu’il serait bon de « canaliser » leur agressivité… Vers quoi, on ne sait pas. Ou bien ils pensent qu’il serait bon de se contrôler, de « combat-contre-soi-même ». J’avoue que ces formules m’ont toujours laissé perplexe. En effet, si « je » « me » contrôle, qui va contrôler qui ? C’est-à-dire qui va être tyrannisé par qui ? On ne nous dit pas qui va se charger du conflit qui s’ensuivra.
Ces affirmations mal étayées reposent sur la croyance en ce que l’intelligence est supérieure aux instincts, et que ceux-ci doivent s’incliner devant elle. Or nous savons qu’un instinct non perverti ne se trompe jamais, alors que l’intelligence se trompe toujours un jour ou l’autre. Toute la problématique est là :
» On peut suivre les yeux fermés un instinct non perverti ;
» l’intelligence nous a amenés à pervertir nos instincts ;
» Nous aurons donc besoin de l’intelligence pour retrouver des pulsions instinctives fiables.
On admet que l’instinct est fiable car il a réussi à maintenir en vie la lignée animale (ne fonctionnant donc sans doute pas par intelligence), qui a débouché sur l’hominisation, jusqu’à la date très récente où le raisonnement s’est peu à peu imposé.
La conception traditionnelle de la pratique des Arts Martiaux implique donc une prise de conscience de plus en plus poussée du corps, de l’intelligence rationnelle, et des pulsions instinctives.
L’aspect « interne » est indispensable à l’aspect « externe » car si l’on renforce l’un en négligeant l’autre, il en résultera une disharmonie, avec les conséquences qu’on devine.
« Un combat perdu est un combat qui n’aurait pas dû être engagé »
Il conviendra donc de se préparer, pour se donner toutes les chances de gagner. Tout l’art de la guerre repose sur la tromperie, outre bien sûr la préparation et le renseignement, et ceci vaut également pour le combat individuel.
Si votre préparation physique vous rend plus fort, ce n’est pas une démarche sportive pour autant. Les techniques purement physiques sont connues de tous, ou à peu près, avec différents niveaux de virtuosité. Les techniques mentales commencent à s’imposer en Occident, avec des adaptations telles que la sophrologie. Depuis la nuit des temps, on a également fait appel aux sciences occultes, à la magie pour donner un petit coup de pouce au hasard ! Ce dernier point peut faire sourire, mais il ne faut pas oublier que nous avons eu au cœur de l’Europe, en plein XXème siècle un grand état dont les dirigeants se fiaient autant à la magie qu’à la force brutale et à l’intelligence pure. J’ai toujours pensé que les aumôniers militaires avaient un rôle semblable à tenir.
Lorsqu’on me demande ce que je fais dans la vie, je réponds bien sûr en fonction de celui qui me le demande, mais la vraie réponse serait : « J’essaie d’apprendre aux gens à se défendre… ».
Se défendre, c’est d’abord d’efforcer de déterminer qui est notre ennemi, le désigner, le nommer. Puis ensuite apprendre à lui nuire, si possible lui occasionner un désastre, ce qui ne s’improvise pas car l’efficacité requiert souvent un travail subtil. Et enfin, il faut savoir reconnaître, débusquer l’ennemi intérieur, mais cet ennemi-là, il ne faut pas essayer de le combattre, n’en déplaise à ceux qui prônent le « combat-contre-soi-même ». Il est beaucoup plus avantageux de vivre en bonne intelligence avec lui que de s’embarquer dans un conflit intérieur qui risque de nous détourner du danger que représente l’« autre ». Ce danger peut être physique, matériel ou moral.
Il y a des peuples, il y a des gens qui adorent marqué des buts contre leur propre camp ! Ceux-là, lorsqu’ils ont l’occasion d’apprendre le Karaté, loin d’en profiter, se tournent vers un karaté à forme sportive. Il s’agit bien de faire du sport ! Même si cette activité sportive s’appelle « karaté », même si elle en présente extérieurement certaines caractéristiques, et même si certains, de bonne fois, s’imaginent qu’ils pratiquent un Art Martial (traditionnel !), nous sommes très loin du BUDO. En fait nous n’y sommes pas du tout. Dans un sport, on participe à une activité aux règles admises par tous, dans les conditions définies à l’avance et si l’on perd (et la majorité perd !) on s’incline en se disant qu’il faudra faire mieux la prochaine fois. Dans un vrai combat, par contre, l’adversaire fera en sorte qu’il n’y est pas de prochaine fois (plus jamais ça !). Si on est celui qui perd, on tentera de continuer par d’autres moyens : le soldat se fera partisan ou résistant, ou terroriste, selon le point de vu. Le civil malmené ira tout simplement porter plainte au commissariat, ce qui est aussi une forme de combat…
Il est clair qu’aucune société ne peut accepter que ses membre se livrent à se genre de combat total qui sera qualifié d’assassinat, de meurtre… On s’efforcera donc de « canaliser » les pulsions vers le combat rituel, sportif. Piètre manœuvre ! Car on ne canalise rien du tout. Une attitude de substitution peut à la rigueur nous distraire de notre frustration, de notre manque, mais cela n’aura rien à voir avec une rivière que l’on canalise pour le plus grand bien de tous.
Ceux qui croient avoir trouvé là une solution commode seront en fait assez vite rattrapés par la dure réalité. Nous voyons actuellement la véritable tyrannie de l’esprit sportif. Depuis l’école primaire, si un enfant veut, ou aime courir, on va l’opposer à d’autres enfants qu’il devra dépasser, laissé derrière lui. Il ne s’agit plus d’affirmer la conscience du plaisir que l’on éprouve à courir, mais de prendre plaisir ( ?) à marquer sa supériorité sur un gosse qui va se retrouver vaincu alors qu’il avait simplement envie de courir dans les prés.
Bien sûr, il existe en nous quelque chose qui nous pousse à la compétition, sans quoi on ne pourrait pas y intéresser les gens. Mais il semblerait ici que le conditionnement soit tel que l’on ne puisse envisager aucune activité hors de son aspect compétitif. Encore un fois, il s’agit de manipulation de pulsions. La nature perd ses droits. Elle les reprendra tôt ou tard.
Le karaté dans sa forme traditionnelle s’efforce de véhiculer des techniques de victoire contre ce qui peut être vaincu, et contre ce qui vaut la peine qu’on le détruise.
La notion d’obstacle a fait l’objet de beaucoup de recherches, dans toutes les civilisations : dans la Bible, Satan qui signifie « en travers », « obstacle » est le principe qui fait obstacle à Dieu, mais qui n’est pas forcément mauvais en soi. Dieu et Satan sont en fait deux entités qui, si nous lisons Job, semblent vivre en bonne intelligence : Satan créé par Dieu, Satan complémentaire de Dieu. Ce n’est donc pas un démon au sens habituel du terme.
La tradition dont sont issus les Arts Martiaux nous dit la même chose : l’obstacle n’est pas un ennemi, et la plupart du temps, c’est nous qui l’installons entre l’objectif et nous-mêmes. Mais on nous dit aussi que si nous enlevions tous les obstacles d’un seul coup, la peur nous tuerait probablement.
La peur est un obstacle. Si nous pouvions enlever la peur d’un seul coup, la mort nous happerait immédiatement. La tradition primordiale nous dit que si nous pouvions enlever la mort d’un seul coup, le divin nous happerait immédiatement.
Le combat, dans les Arts Martiaux est la partie externe, qui va constituer un ensemble de repères. La partie interne va constituer en un déblayage progressif de ce qui est la manifestation de l’Adversaire. Ceci tend à une réalisation de soi, dans un premier temps, puis ses limites seront à leur tour repoussées. Il n’est pas concevable de privilégier l’interne au détriment de l’externe, ni de privilégier le combattant au détriment du chercheur d’épanouissement spirituel sans risquer de rompre l’harmonie nécessaire au plaisir de vivre.
Le plaisir étant l’origine, le maintient et la finalité de la vie.
On ne sait trop pourquoi, ou plutôt, on sait trop pourquoi les règles de conduites sociales nous présentent le plaisir sous son aspect le plus louche, le plus suspect. Et pourtant, il y a des affinités entre le plaisir, tous les plaisirs, et les Arts Martiaux. Mais nous y reviendrons.
On m’a parfois posé la question de savoir si je me considérais comme un maître accompli ! Ce genre de question est généralement posé par les élèves ayant dépassé les premiers stades de leur formation, au bout d’un an d’entraînement, lorsqu’ils prennent conscience de la dimension de ce qui s’ouvre à eux. Bien entendu je n’en sais rien. On ne peut pas se juger soi-même dans ce domaine. Mais j’espère bien que non ! Un proverbe japonais dit que « quand la maison est terminée [accomplie] la Mort commence à y rentrer ».
Il faut se méfier des mots truqués. « Accompli », ça donne bien ! Mais cela sous-entendrait que l’être accompli n’a plus rien à découvrir, qu’il a tout à réaliser. Or c’est précisément le contraire du but recherché : prendre conscience de l’aspect infini qu’il y a en nous.
La première phrase du BUDO SHOSHIN SHU, lectures élémentaires sur le BUSHIDO, nous dit :
« Un samouraï doit garder, présente en lui, plus que tout autre, depuis le festin du Nouvel An jusqu’au moment où l’année finit, la pensée de la mort ».
Le combat, tel que le BUDO ou le BUGEÏ nous l’enseigne est donc imprégné de cet état instable et ultime qui se situe justement entre la vie et la mort. Vision d’infini peut-être, de fin et de recommencement sans doute aussi, mais sûrement pas de sensation d’accomplissement !
Cet « accomplissement » suggère l’idée d’une nette et forte conscience de soi, du chemin parcouru et du résultat obtenu. Mais conscience de ses progrès ne veut pas dire forcement efficacité : plus nous seront capables d’oublier, plus notre inconscient sera livré à lui-même et pourra dominer la situation. Ce sera la clef de la spontanéité. Bien sûr, une spontanéité de tous les instants nous rendrait invivables les uns aux autres, mais c’est pourtant une condition nécessaire à notre introspection et à notre efficacité de combattant.
La grande différence entre le BUDO et les sports, y compris les sports de combat provient de l’antique conception d’harmonie nécessaire entre l’ »interne » et l’ »externe ». Par « externe » on peut entendre l’aspect physique visible ainsi que les techniques de combat bien intégrées. Par « interne » on peut entendre ce qui résulte d’une pratique visant l’harmonie avec les mécanismes subtils mentaux, psychiques et émotionnels. Si l’on renforce l’un ou l’autre de ces deux côté exclusivement, il en résulte non pas un déséquilibre, qui n’est que rarement préjudiciable, mais une rupture d’harmonie. En effet, le déséquilibre est une des composantes de la vie. L’équilibre parfait ne se trouvant que dans la mort. Le déficit d’harmonie par contre est toujours un obstacle. On ne peut pas concevoir un système quel qu’il soit qui puisse fonctionner de façon inharmonieuse. Le brillant résultat obtenu par beaucoup de professeurs sera donc de « former » des individus qui seront de véritables hémiplégiques. Cela peut aller classique mal-être de l’athlète qui sera un géant physique et un nain psychique. Au pire, nous aurons un irresponsable doté d’une véritable arme légale.
En japonais, le mot « harmonie » se dit WA et s’écrit par un caractère qui en chinois se dit « He » et qui signifie ET (sel et poivre, chaud et froid…). L’étymologie de se mot indique donc une notion de complémentarité. L’aspect, disons, ésotérique de l’enseignement du BUDO nous indique que de deux combattants de techniques et de forces égales, celui qui aura le WA le plus fort, c’est-à-dire la plus forte capacité d’imposer sont harmonie aura gagné d’avance. Dans la plupart des cas, il gagnera sans combattre, mais ce ne sera pas lui qui aura refusé le combat… Nuance !
« Un combat perdu est un combat qui n’aurait pas dût être engagé »… cet aphorisme à lui seul contient bien des sujets de réflexion. D’abord il est évident que si l’on savait que l’on devait perdre, on ferait tout pour ne pas se battre. Si vous êtes conscient de votre WA, vous saurez à l’avance, mais dans tous les cas il faut le renforcer. Et pour cela un seul moyen : s’entraîner ! Encore et toujours, et ceci jusqu’à l’écœurement, l’abrutissement. Par cet abrutissement, vous pourrez cesser de réfléchir pour passer dans une réalité psychique un peu différente.
« Plus vous serez capable d’oublier, plus votre inconscient sera livré à lui-même et pourra dominer la situation. Ce sera la clef de la spontanéité ».
Voilà ce que dit l’adage. Ce qu’il sous-entend, c’est que SPONTANEMENT, nous sommes « programmés pour gagner ». C’est une caractéristique constante que nous héritons et que nous transmettons en termes génétiques depuis l’origine des temps. C’est même la condition sine qua none pour qu’une espèce survive. Notre seule présence à notre époque suffit à elle seule à attester l’incroyable puissance de tropisme vers la victoire, c’est-à-dire vers la survie.
Au risque d’énoncer une vérité de la Palice, on peut affirmer que tout ce qui vit est poussé par la force sans doute la plus gigantesque qui soit : la VIE.
Et être maintenu en vie n’est pas un droit. Cela n’a jamais été un droit. Tout au plus une récompense, et à titre provisoire qui plus est. Ainsi sommes-nous invité à participer à cette aventure qui nous dépasse totalement, et lorsque vous pratiquez un Art Martial Traditionnel, vous consolidez ce par quoi la VIE se manifeste à vous.
L’ESSENTIEL, C’EST DE PARTICIPER…
Il faut reconnaître que la formule a belle allure, qu’elle sert de devise à l’organisation des Jeux Olympiques et qu’elle a été prononcée par cet inverti notoire qu’était le baron Pierre de Coubertin(1)
Sorti de là…
Bien entendu, pour les organisateurs de spectacles sportifs, il faut un gagnant et des perdants. Si possible un grand nombre de perdants pour étoffer la scène. A ceux-là, il faudra bien expliquer qu’il est essentiel de participer… à la victoire de leur adversaire. Pourquoi pas, si tout cela reste un jeu, mais le sport n’a de jeu que le nom. Ou bien au sens où on l’entend dans les casinos. La direction du casino gagne toujours. L’essentiel étant qu’il y ait des clients. Tant qu’il ne s’agit que de jouer au volley-ball sur la plage, tout va bien. Par contre, dès que le niveau s’élève…
Mais le karaté, ainsi que l’ensemble des Arts Martiaux, n’est pas un sport. En japonais UNDO (le sport) et BUDO (les Arts Martiaux) sont deux choses très différentes. Le karaté est un art à part entière. C’est un art de combat et de guerre, et à ce titre il nous fait approcher ce qu’il y a de plus profond dans la nature : la lutte entre ce qui veut vivre et ce qui veut s’emparer de cette vie pour sa propre subsistance. Et ceci depuis l’échelle biologique et spirituelle. C’est la lutte entre ce qui vit et ce qui cherche à exister et à vivre.
Dans mes cours, je répète à mes élèves que le combat suit les règles de la nature. Et que si nous le comprenons bien nous connaîtrons notre propre nature à travers notre propre combat. On peut se battre contre des forces extérieures, pour se défendre contre des prédateurs, pour chasser, ou bien contre les représentants de sa propre espèce. On dit parfois que l’Homme est le seul animal à se battre contre ses semblables. C’est faux, bien sûr. Les animaux le font dans trois circonstances :
♦ Le combat rituel (pas forcement mortel)
♦ Le combat pour tuer
♦ L’infanticide
Dans les deux premiers cas, les techniques employées sont très différentes et laissent apercevoir des charges émotionnelles très distinctes.
Le combat rituel se déroule avec un seul adversaire, face à face de manière plus ou moins codifiée. C’est ce qui correspond à une compétition sportive. Le combat pour tuer, celui qui, correspondrait à un assassinat obéit à des règles très différentes : attaque de dos ou de flanc, si possible par surprise, si possible encore à plusieurs contre un, et de manière générale si l’on a toutes les chances de son côté. C’est l’attitude typique de l’animal vivant en société organisée et refusant l’intrusion de congénères n’appartenant pas à son clan. Il semblerait que l’Homme soit doté de cette sorte de programmation génétique, venue par atavisme de fond des âges.
L’infanticide, très répandu dans le monde animal pour des raisons bien précises est bien une agression intra spécifique, mais ce n’est pas un acte de combat à proprement parler. A ce titre il ne nous intéresse pas directement.
Il y a longtemps que les comportements « animaux » de l’Homme choquent les moralisateurs et bien entendu, toutes les manipulations de la raison ont été envisagées dans le but de nous rendre compatibles avec un modèle acceptable. Je ne pense pas qu’il faille en attendre grand-chose de bon.
Les instincts qui poussent les animaux à participer aux combats rituels nous poussent également à nous mesurer les uns aux autres à travers des rites. Mais ce ne sont pas les mêmes. On ne se bat plus pour conquérir le cœur d’une jolie dame. Tout simplement parce que ça marche plus et qu’on a imaginé bien d’autres moyens tout aussi rituels et codifiés pour arriver à cette fin. Mais nous ne pouvons pas, sous prétexte de modernisme, de maturité et d’évolution, nier purement et simplement ce qui en fait notre vraie nature.
Parmi les gens qui viennent me voir pour apprendre la Karaté, beaucoup pense sincèrement ( ?) qu’il serait bon de « canaliser » leur agressivité… Vers quoi, on ne sait pas. Ou bien ils pensent qu’il serait bon de se contrôler, de « combat-contre-soi-même ». J’avoue que ces formules m’ont toujours laissé perplexe. En effet, si « je » « me » contrôle, qui va contrôler qui ? C’est-à-dire qui va être tyrannisé par qui ? On ne nous dit pas qui va se charger du conflit qui s’ensuivra.
Ces affirmations mal étayées reposent sur la croyance en ce que l’intelligence est supérieure aux instincts, et que ceux-ci doivent s’incliner devant elle. Or nous savons qu’un instinct non perverti ne se trompe jamais, alors que l’intelligence se trompe toujours un jour ou l’autre. Toute la problématique est là :
» On peut suivre les yeux fermés un instinct non perverti ;
» l’intelligence nous a amenés à pervertir nos instincts ;
» Nous aurons donc besoin de l’intelligence pour retrouver des pulsions instinctives fiables.
On admet que l’instinct est fiable car il a réussi à maintenir en vie la lignée animale (ne fonctionnant donc sans doute pas par intelligence), qui a débouché sur l’hominisation, jusqu’à la date très récente où le raisonnement s’est peu à peu imposé.
La conception traditionnelle de la pratique des Arts Martiaux implique donc une prise de conscience de plus en plus poussée du corps, de l’intelligence rationnelle, et des pulsions instinctives.
L’aspect « interne » est indispensable à l’aspect « externe » car si l’on renforce l’un en négligeant l’autre, il en résultera une disharmonie, avec les conséquences qu’on devine.
« Un combat perdu est un combat qui n’aurait pas dû être engagé »
Il conviendra donc de se préparer, pour se donner toutes les chances de gagner. Tout l’art de la guerre repose sur la tromperie, outre bien sûr la préparation et le renseignement, et ceci vaut également pour le combat individuel.
Si votre préparation physique vous rend plus fort, ce n’est pas une démarche sportive pour autant. Les techniques purement physiques sont connues de tous, ou à peu près, avec différents niveaux de virtuosité. Les techniques mentales commencent à s’imposer en Occident, avec des adaptations telles que la sophrologie. Depuis la nuit des temps, on a également fait appel aux sciences occultes, à la magie pour donner un petit coup de pouce au hasard ! Ce dernier point peut faire sourire, mais il ne faut pas oublier que nous avons eu au cœur de l’Europe, en plein XXème siècle un grand état dont les dirigeants se fiaient autant à la magie qu’à la force brutale et à l’intelligence pure. J’ai toujours pensé que les aumôniers militaires avaient un rôle semblable à tenir.
Lorsqu’on me demande ce que je fais dans la vie, je réponds bien sûr en fonction de celui qui me le demande, mais la vraie réponse serait : « J’essaie d’apprendre aux gens à se défendre… ».
Se défendre, c’est d’abord d’efforcer de déterminer qui est notre ennemi, le désigner, le nommer. Puis ensuite apprendre à lui nuire, si possible lui occasionner un désastre, ce qui ne s’improvise pas car l’efficacité requiert souvent un travail subtil. Et enfin, il faut savoir reconnaître, débusquer l’ennemi intérieur, mais cet ennemi-là, il ne faut pas essayer de le combattre, n’en déplaise à ceux qui prônent le « combat-contre-soi-même ». Il est beaucoup plus avantageux de vivre en bonne intelligence avec lui que de s’embarquer dans un conflit intérieur qui risque de nous détourner du danger que représente l’« autre ». Ce danger peut être physique, matériel ou moral.
Il y a des peuples, il y a des gens qui adorent marqué des buts contre leur propre camp ! Ceux-là, lorsqu’ils ont l’occasion d’apprendre le Karaté, loin d’en profiter, se tournent vers un karaté à forme sportive. Il s’agit bien de faire du sport ! Même si cette activité sportive s’appelle « karaté », même si elle en présente extérieurement certaines caractéristiques, et même si certains, de bonne fois, s’imaginent qu’ils pratiquent un Art Martial (traditionnel !), nous sommes très loin du BUDO. En fait nous n’y sommes pas du tout. Dans un sport, on participe à une activité aux règles admises par tous, dans les conditions définies à l’avance et si l’on perd (et la majorité perd !) on s’incline en se disant qu’il faudra faire mieux la prochaine fois. Dans un vrai combat, par contre, l’adversaire fera en sorte qu’il n’y est pas de prochaine fois (plus jamais ça !). Si on est celui qui perd, on tentera de continuer par d’autres moyens : le soldat se fera partisan ou résistant, ou terroriste, selon le point de vu. Le civil malmené ira tout simplement porter plainte au commissariat, ce qui est aussi une forme de combat…
Il est clair qu’aucune société ne peut accepter que ses membre se livrent à se genre de combat total qui sera qualifié d’assassinat, de meurtre… On s’efforcera donc de « canaliser » les pulsions vers le combat rituel, sportif. Piètre manœuvre ! Car on ne canalise rien du tout. Une attitude de substitution peut à la rigueur nous distraire de notre frustration, de notre manque, mais cela n’aura rien à voir avec une rivière que l’on canalise pour le plus grand bien de tous.
Ceux qui croient avoir trouvé là une solution commode seront en fait assez vite rattrapés par la dure réalité. Nous voyons actuellement la véritable tyrannie de l’esprit sportif. Depuis l’école primaire, si un enfant veut, ou aime courir, on va l’opposer à d’autres enfants qu’il devra dépasser, laissé derrière lui. Il ne s’agit plus d’affirmer la conscience du plaisir que l’on éprouve à courir, mais de prendre plaisir ( ?) à marquer sa supériorité sur un gosse qui va se retrouver vaincu alors qu’il avait simplement envie de courir dans les prés.
Bien sûr, il existe en nous quelque chose qui nous pousse à la compétition, sans quoi on ne pourrait pas y intéresser les gens. Mais il semblerait ici que le conditionnement soit tel que l’on ne puisse envisager aucune activité hors de son aspect compétitif. Encore un fois, il s’agit de manipulation de pulsions. La nature perd ses droits. Elle les reprendra tôt ou tard.
Le karaté dans sa forme traditionnelle s’efforce de véhiculer des techniques de victoire contre ce qui peut être vaincu, et contre ce qui vaut la peine qu’on le détruise.
La notion d’obstacle a fait l’objet de beaucoup de recherches, dans toutes les civilisations : dans la Bible, Satan qui signifie « en travers », « obstacle » est le principe qui fait obstacle à Dieu, mais qui n’est pas forcément mauvais en soi. Dieu et Satan sont en fait deux entités qui, si nous lisons Job, semblent vivre en bonne intelligence : Satan créé par Dieu, Satan complémentaire de Dieu. Ce n’est donc pas un démon au sens habituel du terme.
La tradition dont sont issus les Arts Martiaux nous dit la même chose : l’obstacle n’est pas un ennemi, et la plupart du temps, c’est nous qui l’installons entre l’objectif et nous-mêmes. Mais on nous dit aussi que si nous enlevions tous les obstacles d’un seul coup, la peur nous tuerait probablement.
La peur est un obstacle. Si nous pouvions enlever la peur d’un seul coup, la mort nous happerait immédiatement. La tradition primordiale nous dit que si nous pouvions enlever la mort d’un seul coup, le divin nous happerait immédiatement.
Le combat, dans les Arts Martiaux est la partie externe, qui va constituer un ensemble de repères. La partie interne va constituer en un déblayage progressif de ce qui est la manifestation de l’Adversaire. Ceci tend à une réalisation de soi, dans un premier temps, puis ses limites seront à leur tour repoussées. Il n’est pas concevable de privilégier l’interne au détriment de l’externe, ni de privilégier le combattant au détriment du chercheur d’épanouissement spirituel sans risquer de rompre l’harmonie nécessaire au plaisir de vivre.
Le plaisir étant l’origine, le maintient et la finalité de la vie.
On ne sait trop pourquoi, ou plutôt, on sait trop pourquoi les règles de conduites sociales nous présentent le plaisir sous son aspect le plus louche, le plus suspect. Et pourtant, il y a des affinités entre le plaisir, tous les plaisirs, et les Arts Martiaux. Mais nous y reviendrons.
On m’a parfois posé la question de savoir si je me considérais comme un maître accompli ! Ce genre de question est généralement posé par les élèves ayant dépassé les premiers stades de leur formation, au bout d’un an d’entraînement, lorsqu’ils prennent conscience de la dimension de ce qui s’ouvre à eux. Bien entendu je n’en sais rien. On ne peut pas se juger soi-même dans ce domaine. Mais j’espère bien que non ! Un proverbe japonais dit que « quand la maison est terminée [accomplie] la Mort commence à y rentrer ».
Il faut se méfier des mots truqués. « Accompli », ça donne bien ! Mais cela sous-entendrait que l’être accompli n’a plus rien à découvrir, qu’il a tout à réaliser. Or c’est précisément le contraire du but recherché : prendre conscience de l’aspect infini qu’il y a en nous.
La première phrase du BUDO SHOSHIN SHU, lectures élémentaires sur le BUSHIDO, nous dit :
« Un samouraï doit garder, présente en lui, plus que tout autre, depuis le festin du Nouvel An jusqu’au moment où l’année finit, la pensée de la mort ».
Le combat, tel que le BUDO ou le BUGEÏ nous l’enseigne est donc imprégné de cet état instable et ultime qui se situe justement entre la vie et la mort. Vision d’infini peut-être, de fin et de recommencement sans doute aussi, mais sûrement pas de sensation d’accomplissement !
Cet « accomplissement » suggère l’idée d’une nette et forte conscience de soi, du chemin parcouru et du résultat obtenu. Mais conscience de ses progrès ne veut pas dire forcement efficacité : plus nous seront capables d’oublier, plus notre inconscient sera livré à lui-même et pourra dominer la situation. Ce sera la clef de la spontanéité. Bien sûr, une spontanéité de tous les instants nous rendrait invivables les uns aux autres, mais c’est pourtant une condition nécessaire à notre introspection et à notre efficacité de combattant.
La grande différence entre le BUDO et les sports, y compris les sports de combat provient de l’antique conception d’harmonie nécessaire entre l’ »interne » et l’ »externe ». Par « externe » on peut entendre l’aspect physique visible ainsi que les techniques de combat bien intégrées. Par « interne » on peut entendre ce qui résulte d’une pratique visant l’harmonie avec les mécanismes subtils mentaux, psychiques et émotionnels. Si l’on renforce l’un ou l’autre de ces deux côté exclusivement, il en résulte non pas un déséquilibre, qui n’est que rarement préjudiciable, mais une rupture d’harmonie. En effet, le déséquilibre est une des composantes de la vie. L’équilibre parfait ne se trouvant que dans la mort. Le déficit d’harmonie par contre est toujours un obstacle. On ne peut pas concevoir un système quel qu’il soit qui puisse fonctionner de façon inharmonieuse. Le brillant résultat obtenu par beaucoup de professeurs sera donc de « former » des individus qui seront de véritables hémiplégiques. Cela peut aller classique mal-être de l’athlète qui sera un géant physique et un nain psychique. Au pire, nous aurons un irresponsable doté d’une véritable arme légale.
En japonais, le mot « harmonie » se dit WA et s’écrit par un caractère qui en chinois se dit « He » et qui signifie ET (sel et poivre, chaud et froid…). L’étymologie de se mot indique donc une notion de complémentarité. L’aspect, disons, ésotérique de l’enseignement du BUDO nous indique que de deux combattants de techniques et de forces égales, celui qui aura le WA le plus fort, c’est-à-dire la plus forte capacité d’imposer sont harmonie aura gagné d’avance. Dans la plupart des cas, il gagnera sans combattre, mais ce ne sera pas lui qui aura refusé le combat… Nuance !
« Un combat perdu est un combat qui n’aurait pas dût être engagé »… cet aphorisme à lui seul contient bien des sujets de réflexion. D’abord il est évident que si l’on savait que l’on devait perdre, on ferait tout pour ne pas se battre. Si vous êtes conscient de votre WA, vous saurez à l’avance, mais dans tous les cas il faut le renforcer. Et pour cela un seul moyen : s’entraîner ! Encore et toujours, et ceci jusqu’à l’écœurement, l’abrutissement. Par cet abrutissement, vous pourrez cesser de réfléchir pour passer dans une réalité psychique un peu différente.
« Plus vous serez capable d’oublier, plus votre inconscient sera livré à lui-même et pourra dominer la situation. Ce sera la clef de la spontanéité ».
Voilà ce que dit l’adage. Ce qu’il sous-entend, c’est que SPONTANEMENT, nous sommes « programmés pour gagner ». C’est une caractéristique constante que nous héritons et que nous transmettons en termes génétiques depuis l’origine des temps. C’est même la condition sine qua none pour qu’une espèce survive. Notre seule présence à notre époque suffit à elle seule à attester l’incroyable puissance de tropisme vers la victoire, c’est-à-dire vers la survie.
Au risque d’énoncer une vérité de la Palice, on peut affirmer que tout ce qui vit est poussé par la force sans doute la plus gigantesque qui soit : la VIE.
Et être maintenu en vie n’est pas un droit. Cela n’a jamais été un droit. Tout au plus une récompense, et à titre provisoire qui plus est. Ainsi sommes-nous invité à participer à cette aventure qui nous dépasse totalement, et lorsque vous pratiquez un Art Martial Traditionnel, vous consolidez ce par quoi la VIE se manifeste à vous.
l'Esthètique
Publié avec l’aimable accord de l’auteur Frédéric DUPERTOUT - 8e dan diplômé du Japon - SAIKO SHIHAN pour l’Europe - SHU SEKI pour la partie “combat réel” du SANO RYU KARATE JUTSU - KYOOSHI - Diplômé d’Etat 2e degré
Le terme d’« Arts Martiaux » a tellement été assimilé à l’idée de sports de combats, que l’on fini par oublier qu’il s’agissait belle et bien d’un ensemble artistique au plein sens du terme.
LA BEAUTE EST UN ATTRIBUT DIVIN
Ce n’est sans doute pas par hasard que la mystique religieuse s’est d’ une façon ou d’une autre trouvée impliquée dans la vie du chevalier occidental comme dans celle du samouraï japonais. Si on veut bien se rappeler que l’art est la traduction sur le plan sensible de la Beauté idéale et que la Beauté est un attribut Divin, on admettra la formule platonicienne qui dit que le beau est « la splendeur du Vrai ». L’art sacré est le véhicule de l’esprit universel. La forme artistique permet d’assimiler directement, et non de façon discursive comme par la raison, les vérités supra-rationnelles et d’approcher la transcendance du geste « vrai ».
L’EFFICACITE DU BEAU PAR LA TRADITION
A ce propos, il est plus que jamais nécessaire de rester en contact avec la Tradition, car on peut tout autant véhiculer des influences néfastes : la forme fausse d’une maison, la discordance d’un thème musical font plus de dégâts que l’on ne croit généralement. Le beau-vrai est efficace : les animaux, les poissons, les oiseaux aux plus impressionnantes performances sont TOUJOURS beaux. Les meilleurs bateaux, les meilleurs avions sont toujours beaux. La descente de l’esprit dans la matière donne le vrai, qui par nature est efficace, et que l’on va toujours trouver beau.
De même que dans les arts sacrés, qui ne nous appartiennent d’ailleurs pas à titre individuel, l’artiste ne peut évidement pas se laisser guider par son inspiration propre. Son travail ne consiste pas à exprimer et à épanouir sa personnalité, mais à rechercher une forme parfaite correspondant à des prototypes consacrés.
Il n’est pas question ici d’être d’accord ou pas avec cette façon de voir. Il s’agit de rappeler la vraie nature de cet art et non d’engager une polémique : les arts martiaux d’Asie se sont élaborés conjointement avec les yogas dont ils gardent la précision posturale.
LE MONTRE, LE SIGNIFIE, LE CACHE
La supériorité technique se manifeste au niveau montré, signifié et caché, comme dans toutes les pratiques dont la transmission a un caractère initiatique.
En ce qui concerne le « montré », il suffit d’ouvrir enfin les yeux pour reconnaître une rigueur esthétique ne provenant pas de l’inspiration artistique personnelle mais d’une connaissance profonde du rapport entre le geste et ce qu’il véhicule.
Le côté « signifié », justement, indique le sens et la raison d’être de chaque phase des enchaînements d’attitudes. Il ne peut généralement pas se déduire de la simple observation. Outre l’aspect efficacité dans le combat, qui peut se constater de façon évidente, et la sensation du pratiquant qui va dominer la situation, la signification profonde est enseignée et transmise de maître à élève. Ce ne sera jamais le cas dans la version sportive des arts martiaux.
L’aspect « caché » le restera dans la plupart des cas. Il concerne la raison d’être et la résultante des gestes et des intervalles entre eux. Il y a pour cela des clefs généralement assez confidentielles qui servent à décoder les katas, ces combats contre plusieurs adversaires imaginaires ; leur pratique a pour but de transformer la nature même, d’élargir la conscience même de celui qui s’y astreindra.
LA PERFECTION N’EXCLUT PAS LES IMPERFECTTIONS…
Un KATA ( « forme » en japonais) compris au niveau physique, psychique émotionnel, est toujours beau, même si il comporte des imperfections. Partant de ce constat, les sportifs (toujours eux) ont perfectionnés de façon tout à fait remarquable une gestuelle de l’esthétique mécaniquement impeccable. Irréprochable…
Mais la perfection n’est pas toujours l’absence de défauts. Au niveau humain en tout cas, ça ne suffit pas, et c’est même assez souvent le contraire. Toujours est-il que l’esthétique doit être la conséquence de tout ce qu’il y a derrière. Ce ne doit pas être un but en soi, sinon –et ce sera tout de suite visible –ce sera une beauté de surface. C’est bien joli, mais ca risque de s’arrêter là.
LE MONTRE, LE SIGNIFIE, LE CACHE
De toute éternité, il y a eu une esthétique militaire et guerrière. Les défilés de fêtes nationales, que ce soit lors du XIV Juillet ou bien du 1er Mai sur la Place Rouge, ont toujours attiré les foules. Les soldats se sont toujours efforcés d’être beaux, et ils ont toujours été fiers d’exhiber des tenues ou un armement plaisant à voir, et évocateur.
Il est toujours curieux, avec le recul historique, de constater que les armées victorieuses ont toujours été dotées par leurs gouvernements de matériels à la fois fonctionnels et beaux. On a ainsi pu dégager de véritables « styles » suivant les lieux et les époques : la légion romaine, les templiers, les Mousquetaires, les Grognards de l’Empire. Plus près de nous les Paras et la Légion, pour ne parler que de la France. Chez nos voisins allemands, la Waffen SS a lancé un style qui sera plus tard repris par les paras français puis, avec quelques modifications, par presque toutes les armées « occidentales » y compris Tsahal, l’armée du jeune état d’Israël.
Inversement, on a pu constater que les armées mal habillées perdaient la guerre. En 1939-1940, les soldats français ressemblaient à des clochards alors que les adversaires faisaient penser à de jeunes sportifs. Plus tard, à la fin de la guerre d’Algérie, quand le président de Gaulle voulut démotiver les troupes d’élites qu’ils jugeaient trop remuantes à son gré, il leur confisqua les tenues camouflées qui faisaient leur fierté. Les guerriers furent remplacés par des fonctionnaires.
A l’échelon individuel, dans le cas des guérilleros, des partisans, par exemple, il est évidant que l’on aura intérêt à ne pas se faire remarquer, puisque par définition l’action est clandestine, mais l’on pourra alors se réfugier dans le rêve par l’exacerbation d’un romantisme, même imaginaire. Le Chant des partisans, écrit par J. Kessel en est un bon exemple :
« Ami, entends-tu le vol noir des cordeaux dans la plaine ? Ami, entends-tu les cris sourds du pays qu’on enchaîne ? » L’ESTHETIQUE N’EST PAS FORCEMENT LIMITEE A CE QUE L’ON VOIT…
Dans la pratique des arts martiaux, l’esthétique se trouvera souvent dans la tenue du pratiquant, mais aussi et surtout dans on aspect corporel et dans la perfection des ses gestes. Il sait qu’il faudra pour cela des milliers d’heures de travail, mais il sait aussi qu’il en imposera à ses adversaires par se tenue, son maintien et la précision de ses attitudes et de ses gestes.
L’esthétique n’est pas forcement limitée à ce que l’on voit. On peut parler des attitudes mentales, celles qui, toujours à la recherche d’une amélioration, vont entraîner la stabilisation d’une attitude mentale adéquate. Nous aurons l’occasion d’en reparler.
Pour gagner, il faut, rappelons-le, être supérieur techniquement, tactiquement, physiquement et moralement.
QUAND LE COMBAT EST RITUEL…
La forme de combat qui laisse la plus grande place à la beauté du geste est le combat rituel. Comme tous les animaux, l’Homme se bat contre ses semblables dans des combats rituels, qui ne seront alors pas forcement mortels. Dans le monde animal ces affrontements ont lieu au printemps, à la saison des amours et sont forcément liés à l’idée de séduction. Ces joutes seront donc des parades nuptiales, ou tout au moins en feront partie.
Les choses seront très différentes lorsqu’il faudra disputer ou défendre un territoire ou une proie. Très différentes aussi lorsqu’il faudra protéger les petits menacés par un mâle autre que le père. Très différentes lorsqu’il y aura une action infanticide, poussée généralement par un instinct très puissant et omniprésent.
L’être humain est moins simple dans ses comportements mais on peut reconnaître le combat rituel dans un match de boxe, le combat pour s’emparer d’une proie dans l’agression nocturne par exemple. On pourra comparer le duel à l’épée et l’agression au couteau, par derrière. Toutefois, si l’on veut bien faire abstraction de l’aspect « choquant » de certains comportements, il sera aisé de discerner l’esthétique du geste au sein même d’une certaine laideur.
PUIS VIENT LA SENSATION…
Dans le cadre des arts martiaux asiatiques, le principe d’efficacité provient de répétition de techniques de base. Cette répétition nous fait découvrir une partie cachée de notre réalité. On parlera de « sensations ». On « sentira » un geste, puis des dizaines et des centaines de gestes.
Et puis, un jour, on aura cette sensation dans tous les gestes de la vie. Ces gestes seront alors à leur tour des techniques « multi-usages » dans un contexte supérieur d’efficacité.
Mais cette supériorité ne peut s’acquérir que par le travail.
Le terme d’« Arts Martiaux » a tellement été assimilé à l’idée de sports de combats, que l’on fini par oublier qu’il s’agissait belle et bien d’un ensemble artistique au plein sens du terme.
LA BEAUTE EST UN ATTRIBUT DIVIN
Ce n’est sans doute pas par hasard que la mystique religieuse s’est d’ une façon ou d’une autre trouvée impliquée dans la vie du chevalier occidental comme dans celle du samouraï japonais. Si on veut bien se rappeler que l’art est la traduction sur le plan sensible de la Beauté idéale et que la Beauté est un attribut Divin, on admettra la formule platonicienne qui dit que le beau est « la splendeur du Vrai ». L’art sacré est le véhicule de l’esprit universel. La forme artistique permet d’assimiler directement, et non de façon discursive comme par la raison, les vérités supra-rationnelles et d’approcher la transcendance du geste « vrai ».
L’EFFICACITE DU BEAU PAR LA TRADITION
A ce propos, il est plus que jamais nécessaire de rester en contact avec la Tradition, car on peut tout autant véhiculer des influences néfastes : la forme fausse d’une maison, la discordance d’un thème musical font plus de dégâts que l’on ne croit généralement. Le beau-vrai est efficace : les animaux, les poissons, les oiseaux aux plus impressionnantes performances sont TOUJOURS beaux. Les meilleurs bateaux, les meilleurs avions sont toujours beaux. La descente de l’esprit dans la matière donne le vrai, qui par nature est efficace, et que l’on va toujours trouver beau.
De même que dans les arts sacrés, qui ne nous appartiennent d’ailleurs pas à titre individuel, l’artiste ne peut évidement pas se laisser guider par son inspiration propre. Son travail ne consiste pas à exprimer et à épanouir sa personnalité, mais à rechercher une forme parfaite correspondant à des prototypes consacrés.
Il n’est pas question ici d’être d’accord ou pas avec cette façon de voir. Il s’agit de rappeler la vraie nature de cet art et non d’engager une polémique : les arts martiaux d’Asie se sont élaborés conjointement avec les yogas dont ils gardent la précision posturale.
LE MONTRE, LE SIGNIFIE, LE CACHE
La supériorité technique se manifeste au niveau montré, signifié et caché, comme dans toutes les pratiques dont la transmission a un caractère initiatique.
En ce qui concerne le « montré », il suffit d’ouvrir enfin les yeux pour reconnaître une rigueur esthétique ne provenant pas de l’inspiration artistique personnelle mais d’une connaissance profonde du rapport entre le geste et ce qu’il véhicule.
Le côté « signifié », justement, indique le sens et la raison d’être de chaque phase des enchaînements d’attitudes. Il ne peut généralement pas se déduire de la simple observation. Outre l’aspect efficacité dans le combat, qui peut se constater de façon évidente, et la sensation du pratiquant qui va dominer la situation, la signification profonde est enseignée et transmise de maître à élève. Ce ne sera jamais le cas dans la version sportive des arts martiaux.
L’aspect « caché » le restera dans la plupart des cas. Il concerne la raison d’être et la résultante des gestes et des intervalles entre eux. Il y a pour cela des clefs généralement assez confidentielles qui servent à décoder les katas, ces combats contre plusieurs adversaires imaginaires ; leur pratique a pour but de transformer la nature même, d’élargir la conscience même de celui qui s’y astreindra.
LA PERFECTION N’EXCLUT PAS LES IMPERFECTTIONS…
Un KATA ( « forme » en japonais) compris au niveau physique, psychique émotionnel, est toujours beau, même si il comporte des imperfections. Partant de ce constat, les sportifs (toujours eux) ont perfectionnés de façon tout à fait remarquable une gestuelle de l’esthétique mécaniquement impeccable. Irréprochable…
Mais la perfection n’est pas toujours l’absence de défauts. Au niveau humain en tout cas, ça ne suffit pas, et c’est même assez souvent le contraire. Toujours est-il que l’esthétique doit être la conséquence de tout ce qu’il y a derrière. Ce ne doit pas être un but en soi, sinon –et ce sera tout de suite visible –ce sera une beauté de surface. C’est bien joli, mais ca risque de s’arrêter là.
LE MONTRE, LE SIGNIFIE, LE CACHE
De toute éternité, il y a eu une esthétique militaire et guerrière. Les défilés de fêtes nationales, que ce soit lors du XIV Juillet ou bien du 1er Mai sur la Place Rouge, ont toujours attiré les foules. Les soldats se sont toujours efforcés d’être beaux, et ils ont toujours été fiers d’exhiber des tenues ou un armement plaisant à voir, et évocateur.
Il est toujours curieux, avec le recul historique, de constater que les armées victorieuses ont toujours été dotées par leurs gouvernements de matériels à la fois fonctionnels et beaux. On a ainsi pu dégager de véritables « styles » suivant les lieux et les époques : la légion romaine, les templiers, les Mousquetaires, les Grognards de l’Empire. Plus près de nous les Paras et la Légion, pour ne parler que de la France. Chez nos voisins allemands, la Waffen SS a lancé un style qui sera plus tard repris par les paras français puis, avec quelques modifications, par presque toutes les armées « occidentales » y compris Tsahal, l’armée du jeune état d’Israël.
Inversement, on a pu constater que les armées mal habillées perdaient la guerre. En 1939-1940, les soldats français ressemblaient à des clochards alors que les adversaires faisaient penser à de jeunes sportifs. Plus tard, à la fin de la guerre d’Algérie, quand le président de Gaulle voulut démotiver les troupes d’élites qu’ils jugeaient trop remuantes à son gré, il leur confisqua les tenues camouflées qui faisaient leur fierté. Les guerriers furent remplacés par des fonctionnaires.
A l’échelon individuel, dans le cas des guérilleros, des partisans, par exemple, il est évidant que l’on aura intérêt à ne pas se faire remarquer, puisque par définition l’action est clandestine, mais l’on pourra alors se réfugier dans le rêve par l’exacerbation d’un romantisme, même imaginaire. Le Chant des partisans, écrit par J. Kessel en est un bon exemple :
« Ami, entends-tu le vol noir des cordeaux dans la plaine ? Ami, entends-tu les cris sourds du pays qu’on enchaîne ? » L’ESTHETIQUE N’EST PAS FORCEMENT LIMITEE A CE QUE L’ON VOIT…
Dans la pratique des arts martiaux, l’esthétique se trouvera souvent dans la tenue du pratiquant, mais aussi et surtout dans on aspect corporel et dans la perfection des ses gestes. Il sait qu’il faudra pour cela des milliers d’heures de travail, mais il sait aussi qu’il en imposera à ses adversaires par se tenue, son maintien et la précision de ses attitudes et de ses gestes.
L’esthétique n’est pas forcement limitée à ce que l’on voit. On peut parler des attitudes mentales, celles qui, toujours à la recherche d’une amélioration, vont entraîner la stabilisation d’une attitude mentale adéquate. Nous aurons l’occasion d’en reparler.
Pour gagner, il faut, rappelons-le, être supérieur techniquement, tactiquement, physiquement et moralement.
QUAND LE COMBAT EST RITUEL…
La forme de combat qui laisse la plus grande place à la beauté du geste est le combat rituel. Comme tous les animaux, l’Homme se bat contre ses semblables dans des combats rituels, qui ne seront alors pas forcement mortels. Dans le monde animal ces affrontements ont lieu au printemps, à la saison des amours et sont forcément liés à l’idée de séduction. Ces joutes seront donc des parades nuptiales, ou tout au moins en feront partie.
Les choses seront très différentes lorsqu’il faudra disputer ou défendre un territoire ou une proie. Très différentes aussi lorsqu’il faudra protéger les petits menacés par un mâle autre que le père. Très différentes lorsqu’il y aura une action infanticide, poussée généralement par un instinct très puissant et omniprésent.
L’être humain est moins simple dans ses comportements mais on peut reconnaître le combat rituel dans un match de boxe, le combat pour s’emparer d’une proie dans l’agression nocturne par exemple. On pourra comparer le duel à l’épée et l’agression au couteau, par derrière. Toutefois, si l’on veut bien faire abstraction de l’aspect « choquant » de certains comportements, il sera aisé de discerner l’esthétique du geste au sein même d’une certaine laideur.
PUIS VIENT LA SENSATION…
Dans le cadre des arts martiaux asiatiques, le principe d’efficacité provient de répétition de techniques de base. Cette répétition nous fait découvrir une partie cachée de notre réalité. On parlera de « sensations ». On « sentira » un geste, puis des dizaines et des centaines de gestes.
Et puis, un jour, on aura cette sensation dans tous les gestes de la vie. Ces gestes seront alors à leur tour des techniques « multi-usages » dans un contexte supérieur d’efficacité.
Mais cette supériorité ne peut s’acquérir que par le travail.
Les Quatres Supériorités
Publié avec l’aimable accord de l’auteur Frédéric DUPERTOUT - 8e dan diplômé du Japon - SAIKO SHIHAN pour l'Europe - SHU SEKI pour la partie "combat réel" du SANO RYU KARATE JUTSU - KYOOSHI - Diplômé d'Etat 2e degré
Dans le choc entre le pot de terre et le pot de fer, il est bien évident que le pot de terre n’a aucune chance d’en sortir indemne. Il pourra à la rigueur s’efforcer d’éviter le contact par toute une série d’acrobaties épuisantes, ou au moins espérer que le pot de fer passera au loin, mais ce sera tout. Il ne sera jamais question de gagner.
Dans la lutte de David contre Goliath, il est vrai, il peut se faire que le petit l’emporte sur le gros. Mais si le petit est vraiment un « petit » et le gros vraiment un « gros », cette victoire, due au hasard et à la chance sera sans lendemain.
Pour un observateur peu averti, il peut paraître plaisant de voir gagner celui, qui, au départ, semblait être la victime désignée. Mais quelles que soient les apparences, et quelle que soit la forme de conflit envisagée, le gagnant sera toujours celui qui possède en lui les quatre supériorités : TECHNIQUE, PHYSIQUE, MORALE, TACTIQUE. Dans les arts martiaux d’Asie, la maîtrise des quatre entraîne la perception d’une supériorité spirituelle.
Parfois.
Sur ces quatre supériorités, une d’entre elles peut faire défaut. Le combat sera alors incertain. S’il en manque deux, il faudra alors compter sur la chance, ou mieux, essayer d’éviter le combat.
Ceci se vérifie dans toutes les formes de combat : cela va de la rixe, de la bagarre de rue, à la guerre (classique ou révolutionnaire), en passant par toutes les formes plus symboliques telles que les stratégies professionnelles, commerciales ou autres.
Il n’y a pas de différence fondamentale entre les innombrables manières de se battre : toutes suivent des règles imposées par la nature, qui est également notre nature. C’est pourquoi le combat est un moyen privilégié pour se connaître plus profondément. Voilà peut-être l’explication à cette paradoxale tendance de l’espèce humaine…
Chacune des quatre supériorités mentionnées plus haut montre, signifie ou cache quelque chose. Ces trois aspects de la transmission initiatique du savoir sont, du moins dans leurs manifestations les plus évidentes, assez faciles à comprendre. Par exemple la forme montre quelque chose, signifie autre chose… et cache encore autre chose1.
Tout le monde à virtuellement ces supériorités en soi. Mais il n’y a que par le travail que l’on peut leur donner une réalité tangible. La vieille maxime qui dit que « la sueur épargne le sang » ne signifie pas autre chose.
Certains sont des combattants nés. Ils semblent avoir dès le départ du goût et des facilités pour ce qui touche au quatre points exigés. Pour d’autres se sera tout le contraire, et ils porteront leurs intérêts sur d’autres activités ou d’autres recherches. Cependant, les uns comme les autres sont concernés, ne serait-ce que sur un plan abstrait, par ces mêmes nécessités. Les conséquences d’une défaite, même abstraite, sont toujours concrètes.
_________________________________________________
1NDLA – Nous aurons l’occasion d’en reparler ultérieurement.
Et surtout, les tendances pacifiques ne peuvent excuser la méconnaissance du monde où nous avons été placés : aucune forme de vie ne peut se manifester ni se maintenir autrement qu’au détriment d’autres formes de vie, qui elles-mêmes d’efforcent de faire de même.
Selon les tempéraments, les questions : « comment vais-je gagner ? » ou « comment vais-je éviter de perdre ? » seront finalement provoquées par les même pulsions : celles qui poussent à rester en vie ainsi que celles qui poussent tous les humains à rechercher leur épanouissement.
Presque tout le monde préfère se reposer que se battre, préfère la paix à la guerre, mais l’alternance des deux est toujours avantageuse dans sa globalité : la guerre détruit et ruine mais ce qu’il y a de dynamique dans sont principe construit et recrée davantage encore. Ce sera la période de paix qui en recueillera les fruits. Mais elle ne pourra pas s’éterniser car, comme toute chose, elle porte en elle sa propre contradiction. Ce sera alors une nouvelle phase conflictuelle, provoquée par le vieillissement et la dégénérescence de la période précédente
Du point de vue des religions et des philosophies d’Extrême-Orient, les contraires (blanc-noir, haut-bas, fort-faible) sont deux expressions d’une même chose et n’ont pas de réalité isolée. Il en va de même pour le conflit et la paix qui sont deux parties complémentaires d’une réalité souveraine : l’HARMONIE (WA en japonais).
A peut près toutes les traditions initiatiques font état de QUATRE ELEMENTS (plus un). On pourrait plutôt les désigner comme quatre puissances dynamiques qui interagissent l’une sur l’autre ou les unes sur les autres. La cinquième, l’Harmonie (WA) agit sur tout. A l’inverse, l’absence de WA agit (le contraire ne serait pas possible), mais de façon négative.
La supériorité de ce WA, chez celui qui le possède, peut être l’origine et le résultat des quatre supériorités évoquées précédemment.
Face à la recherche de cet achèvement, de cette réalisation, on trouve toujours l’Adversaire qui se manifestera sous la forme de lassitude, de découragement, de tendance à la capitulation. Toutes les recherches, écrites ou orales, concernant la conduite des affrontements quels qu’ils soient peuvent être considérées comme des méthodes ayant pour but de désigner l’Adversaire et de le mettre en échec. Cet Adversaire dont on prétend parfois qu’il faut le rechercher en soi est en réalité un principe universel qui est le point d’appui de tout, jusqu’à la moindre particule du monde manifesté. On ne peut pas le détruire, mais il semble que le but de notre vie soit de nous placer de telle sorte qu’il soit en position de faiblesse relative.
Rien de durable n’a jamais pu être fait sans la FORCE, mais pour pouvoir s’en faire une alliée, il faut, bien sûr prendre conscience de ses composantes. La sensation de PLAISIR qui en résulte est connue depuis l’antiquité yoguique : SAT CHIT ANANDA : Force – Conscience – PLAISIR. Ce plaisir devra être de même nature que l’orgasme, c’est-à-dire extatique paroxystique et sans retenue pour mener l’expérience à son terme. Les gens qui désirent « seulement » vivre en paix doivent se souvenir que le seul fait de vivre, et en paix de surcroît, ils le doivent à la victoire de ceux qui se sont battus avant eux. Selon qu’ils seront ou non se battre et gagner (surtout gagner), ils pourront transmettent aux générations suivante le droit à la vie, à la liberté, à la paix.
Les Arts Martiaux s’efforcent de montrer comment acquérir les quatre supériorités, mais il est admis au départ qu’il est du devoir de chacun et de chacune de faire fructifier les dons et les talents que la Nature nous a prêtés. Répétons-le : il s’agit là d’un devoir envers soi-même et du même coup envers autrui.
Il n’est pas possible de porter un jugement précis sur la vie intérieure de quelqu’un dont la démarche diffère de la nôtre. Néanmoins, les adeptes de la Non-violence pratiquant un art martial pourront, s’ils poussent leur recherche, discerner les raisons pour lesquelles certaines personnes ou certaines situations vont représenter pour eux un danger. Ils pourront également expérimenter les différentes phases d’une recherche d’épanouissement, qui, si on peut le trouver détestable, sous-entend néanmoins toute forme de vie manifestée dans le monde perceptible.
Par une pulsion issue de la recherche du moindre effort (dans sa version pervertie), certains, résignés à une certaine faiblesse recherchent dans la pratique des arts martiaux un certain sentiment de sécurité. Ils seront aidés pour cela par la complaisance de professeurs peu scrupuleux pour qui le client est roi…
A mon humble avis, rien n’est plus dangereux que cette fausse impression de sécurité. On peut comparer l’attitude de tels professeurs à celle d’un mécanicien qui assure à son client qu’il peut rouler à 140 avec sa moto équipée de pneus lisses ! Quelle que soit la sérénité du pilote, l’accident se produira tôt ou tard.
Beaucoup de gens, beaucoup de peuples ont subi de terribles défaites ou alors sont morts alors qu’ils pensaient être en sécurité. Là aussi, et peut-être plus qu’ailleurs, le dicton « connais-toi toi-même » sera une vraie sauvegarde. Toutes les actions on eu à l’origine une idée, ou mieux un état d’esprit. Un état d’esprit colore toujours les actes qui en découlent.
Pourquoi certains sont-ils définitivement brisés par une défaite, un malheur ou une faillite, alors que certains autres, pour qui ce ne fut qu’un incident de parcours, se relèvent toujours et triomphent la fois suivante ? Peut-être par ce qu’ils sont, ou sont devenus les pots de fer de la fable…
Enfin, j’ajouterai que l’observation de la Nature nous montre qu’elle n’a ni charité ni indulgence pour celui qui se résigne. Elle lui refuse tout simplement le « droit » à l’existence. Ce n’est sans doute pas une punition qui sanctionnerait une faute, mais la conséquence aveugle d’une attitude incompatible avec la vie.
Un jour pourtant il nous semblera devoir nous « résigner » et nous dirons : « je suis prêt ».
Mais aujourd’hui, nous allons rechercher de quoi est faite notre victoire.
Dans le choc entre le pot de terre et le pot de fer, il est bien évident que le pot de terre n’a aucune chance d’en sortir indemne. Il pourra à la rigueur s’efforcer d’éviter le contact par toute une série d’acrobaties épuisantes, ou au moins espérer que le pot de fer passera au loin, mais ce sera tout. Il ne sera jamais question de gagner.
Dans la lutte de David contre Goliath, il est vrai, il peut se faire que le petit l’emporte sur le gros. Mais si le petit est vraiment un « petit » et le gros vraiment un « gros », cette victoire, due au hasard et à la chance sera sans lendemain.
Pour un observateur peu averti, il peut paraître plaisant de voir gagner celui, qui, au départ, semblait être la victime désignée. Mais quelles que soient les apparences, et quelle que soit la forme de conflit envisagée, le gagnant sera toujours celui qui possède en lui les quatre supériorités : TECHNIQUE, PHYSIQUE, MORALE, TACTIQUE. Dans les arts martiaux d’Asie, la maîtrise des quatre entraîne la perception d’une supériorité spirituelle.
Parfois.
Sur ces quatre supériorités, une d’entre elles peut faire défaut. Le combat sera alors incertain. S’il en manque deux, il faudra alors compter sur la chance, ou mieux, essayer d’éviter le combat.
Ceci se vérifie dans toutes les formes de combat : cela va de la rixe, de la bagarre de rue, à la guerre (classique ou révolutionnaire), en passant par toutes les formes plus symboliques telles que les stratégies professionnelles, commerciales ou autres.
Il n’y a pas de différence fondamentale entre les innombrables manières de se battre : toutes suivent des règles imposées par la nature, qui est également notre nature. C’est pourquoi le combat est un moyen privilégié pour se connaître plus profondément. Voilà peut-être l’explication à cette paradoxale tendance de l’espèce humaine…
Chacune des quatre supériorités mentionnées plus haut montre, signifie ou cache quelque chose. Ces trois aspects de la transmission initiatique du savoir sont, du moins dans leurs manifestations les plus évidentes, assez faciles à comprendre. Par exemple la forme montre quelque chose, signifie autre chose… et cache encore autre chose1.
Tout le monde à virtuellement ces supériorités en soi. Mais il n’y a que par le travail que l’on peut leur donner une réalité tangible. La vieille maxime qui dit que « la sueur épargne le sang » ne signifie pas autre chose.
Certains sont des combattants nés. Ils semblent avoir dès le départ du goût et des facilités pour ce qui touche au quatre points exigés. Pour d’autres se sera tout le contraire, et ils porteront leurs intérêts sur d’autres activités ou d’autres recherches. Cependant, les uns comme les autres sont concernés, ne serait-ce que sur un plan abstrait, par ces mêmes nécessités. Les conséquences d’une défaite, même abstraite, sont toujours concrètes.
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1NDLA – Nous aurons l’occasion d’en reparler ultérieurement.
Et surtout, les tendances pacifiques ne peuvent excuser la méconnaissance du monde où nous avons été placés : aucune forme de vie ne peut se manifester ni se maintenir autrement qu’au détriment d’autres formes de vie, qui elles-mêmes d’efforcent de faire de même.
Selon les tempéraments, les questions : « comment vais-je gagner ? » ou « comment vais-je éviter de perdre ? » seront finalement provoquées par les même pulsions : celles qui poussent à rester en vie ainsi que celles qui poussent tous les humains à rechercher leur épanouissement.
Presque tout le monde préfère se reposer que se battre, préfère la paix à la guerre, mais l’alternance des deux est toujours avantageuse dans sa globalité : la guerre détruit et ruine mais ce qu’il y a de dynamique dans sont principe construit et recrée davantage encore. Ce sera la période de paix qui en recueillera les fruits. Mais elle ne pourra pas s’éterniser car, comme toute chose, elle porte en elle sa propre contradiction. Ce sera alors une nouvelle phase conflictuelle, provoquée par le vieillissement et la dégénérescence de la période précédente
Du point de vue des religions et des philosophies d’Extrême-Orient, les contraires (blanc-noir, haut-bas, fort-faible) sont deux expressions d’une même chose et n’ont pas de réalité isolée. Il en va de même pour le conflit et la paix qui sont deux parties complémentaires d’une réalité souveraine : l’HARMONIE (WA en japonais).
A peut près toutes les traditions initiatiques font état de QUATRE ELEMENTS (plus un). On pourrait plutôt les désigner comme quatre puissances dynamiques qui interagissent l’une sur l’autre ou les unes sur les autres. La cinquième, l’Harmonie (WA) agit sur tout. A l’inverse, l’absence de WA agit (le contraire ne serait pas possible), mais de façon négative.
La supériorité de ce WA, chez celui qui le possède, peut être l’origine et le résultat des quatre supériorités évoquées précédemment.
Face à la recherche de cet achèvement, de cette réalisation, on trouve toujours l’Adversaire qui se manifestera sous la forme de lassitude, de découragement, de tendance à la capitulation. Toutes les recherches, écrites ou orales, concernant la conduite des affrontements quels qu’ils soient peuvent être considérées comme des méthodes ayant pour but de désigner l’Adversaire et de le mettre en échec. Cet Adversaire dont on prétend parfois qu’il faut le rechercher en soi est en réalité un principe universel qui est le point d’appui de tout, jusqu’à la moindre particule du monde manifesté. On ne peut pas le détruire, mais il semble que le but de notre vie soit de nous placer de telle sorte qu’il soit en position de faiblesse relative.
Rien de durable n’a jamais pu être fait sans la FORCE, mais pour pouvoir s’en faire une alliée, il faut, bien sûr prendre conscience de ses composantes. La sensation de PLAISIR qui en résulte est connue depuis l’antiquité yoguique : SAT CHIT ANANDA : Force – Conscience – PLAISIR. Ce plaisir devra être de même nature que l’orgasme, c’est-à-dire extatique paroxystique et sans retenue pour mener l’expérience à son terme. Les gens qui désirent « seulement » vivre en paix doivent se souvenir que le seul fait de vivre, et en paix de surcroît, ils le doivent à la victoire de ceux qui se sont battus avant eux. Selon qu’ils seront ou non se battre et gagner (surtout gagner), ils pourront transmettent aux générations suivante le droit à la vie, à la liberté, à la paix.
Les Arts Martiaux s’efforcent de montrer comment acquérir les quatre supériorités, mais il est admis au départ qu’il est du devoir de chacun et de chacune de faire fructifier les dons et les talents que la Nature nous a prêtés. Répétons-le : il s’agit là d’un devoir envers soi-même et du même coup envers autrui.
Il n’est pas possible de porter un jugement précis sur la vie intérieure de quelqu’un dont la démarche diffère de la nôtre. Néanmoins, les adeptes de la Non-violence pratiquant un art martial pourront, s’ils poussent leur recherche, discerner les raisons pour lesquelles certaines personnes ou certaines situations vont représenter pour eux un danger. Ils pourront également expérimenter les différentes phases d’une recherche d’épanouissement, qui, si on peut le trouver détestable, sous-entend néanmoins toute forme de vie manifestée dans le monde perceptible.
Par une pulsion issue de la recherche du moindre effort (dans sa version pervertie), certains, résignés à une certaine faiblesse recherchent dans la pratique des arts martiaux un certain sentiment de sécurité. Ils seront aidés pour cela par la complaisance de professeurs peu scrupuleux pour qui le client est roi…
A mon humble avis, rien n’est plus dangereux que cette fausse impression de sécurité. On peut comparer l’attitude de tels professeurs à celle d’un mécanicien qui assure à son client qu’il peut rouler à 140 avec sa moto équipée de pneus lisses ! Quelle que soit la sérénité du pilote, l’accident se produira tôt ou tard.
Beaucoup de gens, beaucoup de peuples ont subi de terribles défaites ou alors sont morts alors qu’ils pensaient être en sécurité. Là aussi, et peut-être plus qu’ailleurs, le dicton « connais-toi toi-même » sera une vraie sauvegarde. Toutes les actions on eu à l’origine une idée, ou mieux un état d’esprit. Un état d’esprit colore toujours les actes qui en découlent.
Pourquoi certains sont-ils définitivement brisés par une défaite, un malheur ou une faillite, alors que certains autres, pour qui ce ne fut qu’un incident de parcours, se relèvent toujours et triomphent la fois suivante ? Peut-être par ce qu’ils sont, ou sont devenus les pots de fer de la fable…
Enfin, j’ajouterai que l’observation de la Nature nous montre qu’elle n’a ni charité ni indulgence pour celui qui se résigne. Elle lui refuse tout simplement le « droit » à l’existence. Ce n’est sans doute pas une punition qui sanctionnerait une faute, mais la conséquence aveugle d’une attitude incompatible avec la vie.
Un jour pourtant il nous semblera devoir nous « résigner » et nous dirons : « je suis prêt ».
Mais aujourd’hui, nous allons rechercher de quoi est faite notre victoire.
Le respect de l'adversaire
Publié avec l’aimable accord de l’auteur Frédéric DUPERTOUT - 8e dan diplômé du Japon - SAIKO SHIHAN pour l'Europe - SHU SEKI pour la partie "combat réel" du SANO RYU KARATE JUTSU - KYOOSHI - Diplômé d'Etat 2e degré
La vie offre une remarquable variété de choix dans le domaine des ennuis, contrariétés et obstacles en tous genres. L’acteur principal, celui qui va nous compliquer la vie, est désigné sous le nom générique d’adversaire.
Et bien entendu, nous sommes priés d’avoir l’élégance de le respecter… Pourquoi pas si c’est réciproque ! Et encore… Concrètement il sera souvent malaisé de voir en quoi cela consisterait. Alors, de là à observer rigoureusement le précepte !
Cette notion de respect de l’adversaire, qui semble être une contradiction dans les termes, est un effet de notre mémoire collective.Cet idéal a été et reste dans une certaine mesure celui de la chevalerie chrétienne occidentale. Même s’il n’a pas toujours été respecté, il a toujours été présenté comme devant être la plus haute aspiration de l’homme et du combattant accompli.
On n’en trouve d’autre exemple ni dans l’antiquité ni dans d’autres systèmes d’aristocratie guerrière. Les samouraïs par exemple, respectaient un code et non les gens, et encore ce respect ne s’exerçait-il qu’à l’intérieur de leur caste.
Les chevaliers musulmans, à part peut-être Saladin (Youssouf Salah Ed Din) semblent être restés très éloignés de nos idéaux. Ils en avaient d’autres.
Parmi ces attitudes chevaleresques, certaines ont contribué plus que d’autres à nous façonner.
Ce sont :
Protéger la veuve et l’orphelin
Etre fidèle à la parole donnée
Ne pas frapper l’ennemi à terre
Ne pas tuer celui qui demande merci (grâce)
Ne pas continuer le combat après avoir été gracié
Ne pas combattre avec des armes déloyales
Etre charitable
S’il est évident que ces idéaux chevaleresques ne furent pas toujours respectés, ils ont toutefois toujours été cités en exemple. En revanche, n’oublions pas qu’ils n’étaient valables qu’entre chevaliers (et leurs familles), c’est-à-dire entre gens de qui on pouvait attendre – et exiger – une équivalente noblesse de comportement.
On restait « entre soi ». L’Eglise a également instauré des périodes (trêve de Dieu, etc.) où il était interdit de combattre. Ces périodes atteignirent jusqu’à quatre jours par semaine. Elle a également cherché à sanctifier le chevalier protégeant le roturier.Ceci dit, on ne combattait pas avec le manant : on le faisait fouetter ou bastonner.Dans le cas d’une compétition sportive, ou même d’un entraînement, on respecte un règlement, mais sûrement pas un adversaire dans le sens où l’entendent les arts martiaux.
Car cet adversaire-là n’en est pas un. Dans le cas du sport, il s’agira tout simplement de marques de courtoisie réciproques entre gens convenables. Le problème est ailleurs :Dans une guerre classique il y a, depuis la fin du XIXème siècle des conventions internationales, et le soldat ennemi, si on a le devoir de le tuer en grand nombre, est pourtant protégé par des lois visant à atténuer un peu les conséquences du conflit.Les lois de la guerre interdisent principalement de maltraiter les prisonniers, et précisent que les civils ne doivent ni combattre, ni être combattus.
Les pays n’ayant pas signé ces conventions peuvent les transgresser mais ne peuvent invoquer leur protection.Lorsque mon père, le lieutenant Dupertout fut fait prisonnier par la SS Panzerdivision Polizei, il avait tué un tel nombre de ses adversaires, à la tête de sa compagnie, que les Waffen SS lui ont rendu les honneurs militaires. C’était tout de même mieux que d’être fusillé ou pendu.
Dans une guerre de partisans, les civils, ignorant les lois et conventions humanitaires, s’attaquent sans uniforme aux militaires et donnent ainsi le droit à ces derniers de les fusiller sur le champ. C’est là un exemple terrible de non respect de l’adversaire, et qui entraîne des conséquences sans fin.Il n’y a pas de limite aux abominations d’une guerre de partisans, qui tuent toujours leurs prisonniers : les enfants, les femmes, les grands-pères et grands-mères participent au conflit et devront donc en subir les conséquences, entraînant des haines héréditaires sur plusieurs générations.
On est très loin du « respect de l’adversaire » ! A la fin, il y a un vainqueur et un vaincu. Et l’on s’aperçoit que les vainqueurs sont généralement ceux qui ont le moins respecté les lois, ce qui donne bien sûr un avantage. Mais alors il vaudra mieux avoir vraiment gagné !
Le vainqueur accusera ainsi le vaincu sans grand risque d’être contredit. Il existe un bas-relief babylonien où l’on voit les généraux vaincus écorchés après la bataille. Vercingétorix fut étranglé sur ordre de César, plusieurs années après sa reddition, le soir du Triomphe de son vainqueur.Et après la 2e guerre mondiale, on a vu pour la première fois dans le monde moderne des pendaisons d’officiers subalternes et supérieurs (Allemagne, Japon), sans parler des soldats, fusillés, ou même pire, torturés par les vainqueurs.
Mais la paix finit toujours par revenir. Et nous aurons donc, faute de mieux, l’agression individuelle. Là aussi, le problème du respect de l’adversaire va se révéler épineux :
s’il m’agresse, ce n’est sûrement pas pour me manifester son respect ;
s’il me respectait, il trouverait bien le moyen de le manifester autrement
de même :si je l’agresse c’est que, à tort ou à raison, je ne le respecte pas, sinon pourquoi se battre ?
Voilà en quelques mots pourquoi j’estime impossible l’éventualité du moindre respect pour quelqu’un avec qui je serais amené à avoir une altercation violente.Par contre, il est souhaitable de respecter non seulement les lois, mais surtout les principes d’humanité et de charité, une fois qu’on a gagné. Pas davantage.
Il y a idée et idée. Dans le domaine de l’art, par exemple, même si on est un peu perplexe face à celui qui préfère Picasso à Delacroix, ou le rap à Mozart, on peut se dire que dans d’autres domaines il a peut-être de grandes qualités. Il aura toujours droit à tout notre respect ce qui, en bon français veut dire que dans le fond on s’en fiche royalement.
L’esprit humain n’est pas capable d’admettre comme vraies une chose et son contraire. Par conséquent, si j’estime avoir raison, je ne pourrai pas, quoi qu’on en dise, concevoir que celui qui dit le contraire a raison aussi. On peut toujours respecter celui qui est dans l’erreur, tant qu’il ne se conduit pas en adversaire capable de nous porter tort, sinon…
La vie offre une remarquable variété de choix dans le domaine des ennuis, contrariétés et obstacles en tous genres. L’acteur principal, celui qui va nous compliquer la vie, est désigné sous le nom générique d’adversaire.
Et bien entendu, nous sommes priés d’avoir l’élégance de le respecter… Pourquoi pas si c’est réciproque ! Et encore… Concrètement il sera souvent malaisé de voir en quoi cela consisterait. Alors, de là à observer rigoureusement le précepte !
Cette notion de respect de l’adversaire, qui semble être une contradiction dans les termes, est un effet de notre mémoire collective.Cet idéal a été et reste dans une certaine mesure celui de la chevalerie chrétienne occidentale. Même s’il n’a pas toujours été respecté, il a toujours été présenté comme devant être la plus haute aspiration de l’homme et du combattant accompli.
On n’en trouve d’autre exemple ni dans l’antiquité ni dans d’autres systèmes d’aristocratie guerrière. Les samouraïs par exemple, respectaient un code et non les gens, et encore ce respect ne s’exerçait-il qu’à l’intérieur de leur caste.
Les chevaliers musulmans, à part peut-être Saladin (Youssouf Salah Ed Din) semblent être restés très éloignés de nos idéaux. Ils en avaient d’autres.
Parmi ces attitudes chevaleresques, certaines ont contribué plus que d’autres à nous façonner.
Ce sont :
Protéger la veuve et l’orphelin
Etre fidèle à la parole donnée
Ne pas frapper l’ennemi à terre
Ne pas tuer celui qui demande merci (grâce)
Ne pas continuer le combat après avoir été gracié
Ne pas combattre avec des armes déloyales
Etre charitable
S’il est évident que ces idéaux chevaleresques ne furent pas toujours respectés, ils ont toutefois toujours été cités en exemple. En revanche, n’oublions pas qu’ils n’étaient valables qu’entre chevaliers (et leurs familles), c’est-à-dire entre gens de qui on pouvait attendre – et exiger – une équivalente noblesse de comportement.
On restait « entre soi ». L’Eglise a également instauré des périodes (trêve de Dieu, etc.) où il était interdit de combattre. Ces périodes atteignirent jusqu’à quatre jours par semaine. Elle a également cherché à sanctifier le chevalier protégeant le roturier.Ceci dit, on ne combattait pas avec le manant : on le faisait fouetter ou bastonner.Dans le cas d’une compétition sportive, ou même d’un entraînement, on respecte un règlement, mais sûrement pas un adversaire dans le sens où l’entendent les arts martiaux.
Car cet adversaire-là n’en est pas un. Dans le cas du sport, il s’agira tout simplement de marques de courtoisie réciproques entre gens convenables. Le problème est ailleurs :Dans une guerre classique il y a, depuis la fin du XIXème siècle des conventions internationales, et le soldat ennemi, si on a le devoir de le tuer en grand nombre, est pourtant protégé par des lois visant à atténuer un peu les conséquences du conflit.Les lois de la guerre interdisent principalement de maltraiter les prisonniers, et précisent que les civils ne doivent ni combattre, ni être combattus.
Les pays n’ayant pas signé ces conventions peuvent les transgresser mais ne peuvent invoquer leur protection.Lorsque mon père, le lieutenant Dupertout fut fait prisonnier par la SS Panzerdivision Polizei, il avait tué un tel nombre de ses adversaires, à la tête de sa compagnie, que les Waffen SS lui ont rendu les honneurs militaires. C’était tout de même mieux que d’être fusillé ou pendu.
Dans une guerre de partisans, les civils, ignorant les lois et conventions humanitaires, s’attaquent sans uniforme aux militaires et donnent ainsi le droit à ces derniers de les fusiller sur le champ. C’est là un exemple terrible de non respect de l’adversaire, et qui entraîne des conséquences sans fin.Il n’y a pas de limite aux abominations d’une guerre de partisans, qui tuent toujours leurs prisonniers : les enfants, les femmes, les grands-pères et grands-mères participent au conflit et devront donc en subir les conséquences, entraînant des haines héréditaires sur plusieurs générations.
On est très loin du « respect de l’adversaire » ! A la fin, il y a un vainqueur et un vaincu. Et l’on s’aperçoit que les vainqueurs sont généralement ceux qui ont le moins respecté les lois, ce qui donne bien sûr un avantage. Mais alors il vaudra mieux avoir vraiment gagné !
Le vainqueur accusera ainsi le vaincu sans grand risque d’être contredit. Il existe un bas-relief babylonien où l’on voit les généraux vaincus écorchés après la bataille. Vercingétorix fut étranglé sur ordre de César, plusieurs années après sa reddition, le soir du Triomphe de son vainqueur.Et après la 2e guerre mondiale, on a vu pour la première fois dans le monde moderne des pendaisons d’officiers subalternes et supérieurs (Allemagne, Japon), sans parler des soldats, fusillés, ou même pire, torturés par les vainqueurs.
Mais la paix finit toujours par revenir. Et nous aurons donc, faute de mieux, l’agression individuelle. Là aussi, le problème du respect de l’adversaire va se révéler épineux :
s’il m’agresse, ce n’est sûrement pas pour me manifester son respect ;
s’il me respectait, il trouverait bien le moyen de le manifester autrement
de même :si je l’agresse c’est que, à tort ou à raison, je ne le respecte pas, sinon pourquoi se battre ?
Voilà en quelques mots pourquoi j’estime impossible l’éventualité du moindre respect pour quelqu’un avec qui je serais amené à avoir une altercation violente.Par contre, il est souhaitable de respecter non seulement les lois, mais surtout les principes d’humanité et de charité, une fois qu’on a gagné. Pas davantage.
Il y a idée et idée. Dans le domaine de l’art, par exemple, même si on est un peu perplexe face à celui qui préfère Picasso à Delacroix, ou le rap à Mozart, on peut se dire que dans d’autres domaines il a peut-être de grandes qualités. Il aura toujours droit à tout notre respect ce qui, en bon français veut dire que dans le fond on s’en fiche royalement.
L’esprit humain n’est pas capable d’admettre comme vraies une chose et son contraire. Par conséquent, si j’estime avoir raison, je ne pourrai pas, quoi qu’on en dise, concevoir que celui qui dit le contraire a raison aussi. On peut toujours respecter celui qui est dans l’erreur, tant qu’il ne se conduit pas en adversaire capable de nous porter tort, sinon…
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