Publié avec l’aimable accord de l’auteur Frédéric DUPERTOUT - 8e dan diplômé du Japon - SAIKO SHIHAN pour l'Europe - SHU SEKI pour la partie "combat réel" du SANO RYU KARATE JUTSU - KYOOSHI - Diplômé d'Etat 2e degré
Dans le choc entre le pot de terre et le pot de fer, il est bien évident que le pot de terre n’a aucune chance d’en sortir indemne. Il pourra à la rigueur s’efforcer d’éviter le contact par toute une série d’acrobaties épuisantes, ou au moins espérer que le pot de fer passera au loin, mais ce sera tout. Il ne sera jamais question de gagner.
Dans la lutte de David contre Goliath, il est vrai, il peut se faire que le petit l’emporte sur le gros. Mais si le petit est vraiment un « petit » et le gros vraiment un « gros », cette victoire, due au hasard et à la chance sera sans lendemain.
Pour un observateur peu averti, il peut paraître plaisant de voir gagner celui, qui, au départ, semblait être la victime désignée. Mais quelles que soient les apparences, et quelle que soit la forme de conflit envisagée, le gagnant sera toujours celui qui possède en lui les quatre supériorités : TECHNIQUE, PHYSIQUE, MORALE, TACTIQUE. Dans les arts martiaux d’Asie, la maîtrise des quatre entraîne la perception d’une supériorité spirituelle.
Parfois.
Sur ces quatre supériorités, une d’entre elles peut faire défaut. Le combat sera alors incertain. S’il en manque deux, il faudra alors compter sur la chance, ou mieux, essayer d’éviter le combat.
Ceci se vérifie dans toutes les formes de combat : cela va de la rixe, de la bagarre de rue, à la guerre (classique ou révolutionnaire), en passant par toutes les formes plus symboliques telles que les stratégies professionnelles, commerciales ou autres.
Il n’y a pas de différence fondamentale entre les innombrables manières de se battre : toutes suivent des règles imposées par la nature, qui est également notre nature. C’est pourquoi le combat est un moyen privilégié pour se connaître plus profondément. Voilà peut-être l’explication à cette paradoxale tendance de l’espèce humaine…
Chacune des quatre supériorités mentionnées plus haut montre, signifie ou cache quelque chose. Ces trois aspects de la transmission initiatique du savoir sont, du moins dans leurs manifestations les plus évidentes, assez faciles à comprendre. Par exemple la forme montre quelque chose, signifie autre chose… et cache encore autre chose1.
Tout le monde à virtuellement ces supériorités en soi. Mais il n’y a que par le travail que l’on peut leur donner une réalité tangible. La vieille maxime qui dit que « la sueur épargne le sang » ne signifie pas autre chose.
Certains sont des combattants nés. Ils semblent avoir dès le départ du goût et des facilités pour ce qui touche au quatre points exigés. Pour d’autres se sera tout le contraire, et ils porteront leurs intérêts sur d’autres activités ou d’autres recherches. Cependant, les uns comme les autres sont concernés, ne serait-ce que sur un plan abstrait, par ces mêmes nécessités. Les conséquences d’une défaite, même abstraite, sont toujours concrètes.
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1NDLA – Nous aurons l’occasion d’en reparler ultérieurement.
Et surtout, les tendances pacifiques ne peuvent excuser la méconnaissance du monde où nous avons été placés : aucune forme de vie ne peut se manifester ni se maintenir autrement qu’au détriment d’autres formes de vie, qui elles-mêmes d’efforcent de faire de même.
Selon les tempéraments, les questions : « comment vais-je gagner ? » ou « comment vais-je éviter de perdre ? » seront finalement provoquées par les même pulsions : celles qui poussent à rester en vie ainsi que celles qui poussent tous les humains à rechercher leur épanouissement.
Presque tout le monde préfère se reposer que se battre, préfère la paix à la guerre, mais l’alternance des deux est toujours avantageuse dans sa globalité : la guerre détruit et ruine mais ce qu’il y a de dynamique dans sont principe construit et recrée davantage encore. Ce sera la période de paix qui en recueillera les fruits. Mais elle ne pourra pas s’éterniser car, comme toute chose, elle porte en elle sa propre contradiction. Ce sera alors une nouvelle phase conflictuelle, provoquée par le vieillissement et la dégénérescence de la période précédente
Du point de vue des religions et des philosophies d’Extrême-Orient, les contraires (blanc-noir, haut-bas, fort-faible) sont deux expressions d’une même chose et n’ont pas de réalité isolée. Il en va de même pour le conflit et la paix qui sont deux parties complémentaires d’une réalité souveraine : l’HARMONIE (WA en japonais).
A peut près toutes les traditions initiatiques font état de QUATRE ELEMENTS (plus un). On pourrait plutôt les désigner comme quatre puissances dynamiques qui interagissent l’une sur l’autre ou les unes sur les autres. La cinquième, l’Harmonie (WA) agit sur tout. A l’inverse, l’absence de WA agit (le contraire ne serait pas possible), mais de façon négative.
La supériorité de ce WA, chez celui qui le possède, peut être l’origine et le résultat des quatre supériorités évoquées précédemment.
Face à la recherche de cet achèvement, de cette réalisation, on trouve toujours l’Adversaire qui se manifestera sous la forme de lassitude, de découragement, de tendance à la capitulation. Toutes les recherches, écrites ou orales, concernant la conduite des affrontements quels qu’ils soient peuvent être considérées comme des méthodes ayant pour but de désigner l’Adversaire et de le mettre en échec. Cet Adversaire dont on prétend parfois qu’il faut le rechercher en soi est en réalité un principe universel qui est le point d’appui de tout, jusqu’à la moindre particule du monde manifesté. On ne peut pas le détruire, mais il semble que le but de notre vie soit de nous placer de telle sorte qu’il soit en position de faiblesse relative.
Rien de durable n’a jamais pu être fait sans la FORCE, mais pour pouvoir s’en faire une alliée, il faut, bien sûr prendre conscience de ses composantes. La sensation de PLAISIR qui en résulte est connue depuis l’antiquité yoguique : SAT CHIT ANANDA : Force – Conscience – PLAISIR. Ce plaisir devra être de même nature que l’orgasme, c’est-à-dire extatique paroxystique et sans retenue pour mener l’expérience à son terme. Les gens qui désirent « seulement » vivre en paix doivent se souvenir que le seul fait de vivre, et en paix de surcroît, ils le doivent à la victoire de ceux qui se sont battus avant eux. Selon qu’ils seront ou non se battre et gagner (surtout gagner), ils pourront transmettent aux générations suivante le droit à la vie, à la liberté, à la paix.
Les Arts Martiaux s’efforcent de montrer comment acquérir les quatre supériorités, mais il est admis au départ qu’il est du devoir de chacun et de chacune de faire fructifier les dons et les talents que la Nature nous a prêtés. Répétons-le : il s’agit là d’un devoir envers soi-même et du même coup envers autrui.
Il n’est pas possible de porter un jugement précis sur la vie intérieure de quelqu’un dont la démarche diffère de la nôtre. Néanmoins, les adeptes de la Non-violence pratiquant un art martial pourront, s’ils poussent leur recherche, discerner les raisons pour lesquelles certaines personnes ou certaines situations vont représenter pour eux un danger. Ils pourront également expérimenter les différentes phases d’une recherche d’épanouissement, qui, si on peut le trouver détestable, sous-entend néanmoins toute forme de vie manifestée dans le monde perceptible.
Par une pulsion issue de la recherche du moindre effort (dans sa version pervertie), certains, résignés à une certaine faiblesse recherchent dans la pratique des arts martiaux un certain sentiment de sécurité. Ils seront aidés pour cela par la complaisance de professeurs peu scrupuleux pour qui le client est roi…
A mon humble avis, rien n’est plus dangereux que cette fausse impression de sécurité. On peut comparer l’attitude de tels professeurs à celle d’un mécanicien qui assure à son client qu’il peut rouler à 140 avec sa moto équipée de pneus lisses ! Quelle que soit la sérénité du pilote, l’accident se produira tôt ou tard.
Beaucoup de gens, beaucoup de peuples ont subi de terribles défaites ou alors sont morts alors qu’ils pensaient être en sécurité. Là aussi, et peut-être plus qu’ailleurs, le dicton « connais-toi toi-même » sera une vraie sauvegarde. Toutes les actions on eu à l’origine une idée, ou mieux un état d’esprit. Un état d’esprit colore toujours les actes qui en découlent.
Pourquoi certains sont-ils définitivement brisés par une défaite, un malheur ou une faillite, alors que certains autres, pour qui ce ne fut qu’un incident de parcours, se relèvent toujours et triomphent la fois suivante ? Peut-être par ce qu’ils sont, ou sont devenus les pots de fer de la fable…
Enfin, j’ajouterai que l’observation de la Nature nous montre qu’elle n’a ni charité ni indulgence pour celui qui se résigne. Elle lui refuse tout simplement le « droit » à l’existence. Ce n’est sans doute pas une punition qui sanctionnerait une faute, mais la conséquence aveugle d’une attitude incompatible avec la vie.
Un jour pourtant il nous semblera devoir nous « résigner » et nous dirons : « je suis prêt ».
Mais aujourd’hui, nous allons rechercher de quoi est faite notre victoire.
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