lundi 16 juillet 2007

Le respect de l'adversaire

Publié avec l’aimable accord de l’auteur Frédéric DUPERTOUT - 8e dan diplômé du Japon - SAIKO SHIHAN pour l'Europe - SHU SEKI pour la partie "combat réel" du SANO RYU KARATE JUTSU - KYOOSHI - Diplômé d'Etat 2e degré





La vie offre une remarquable variété de choix dans le domaine des ennuis, contrariétés et obstacles en tous genres. L’acteur principal, celui qui va nous compliquer la vie, est désigné sous le nom générique d’adversaire.

Et bien entendu, nous sommes priés d’avoir l’élégance de le respecter… Pourquoi pas si c’est réciproque ! Et encore… Concrètement il sera souvent malaisé de voir en quoi cela consisterait. Alors, de là à observer rigoureusement le précepte !

Cette notion de respect de l’adversaire, qui semble être une contradiction dans les termes, est un effet de notre mémoire collective.Cet idéal a été et reste dans une certaine mesure celui de la chevalerie chrétienne occidentale. Même s’il n’a pas toujours été respecté, il a toujours été présenté comme devant être la plus haute aspiration de l’homme et du combattant accompli.

On n’en trouve d’autre exemple ni dans l’antiquité ni dans d’autres systèmes d’aristocratie guerrière. Les samouraïs par exemple, respectaient un code et non les gens, et encore ce respect ne s’exerçait-il qu’à l’intérieur de leur caste.

Les chevaliers musulmans, à part peut-être Saladin (Youssouf Salah Ed Din) semblent être restés très éloignés de nos idéaux. Ils en avaient d’autres.

Parmi ces attitudes chevaleresques, certaines ont contribué plus que d’autres à nous façonner.
Ce sont :

Protéger la veuve et l’orphelin
Etre fidèle à la parole donnée
Ne pas frapper l’ennemi à terre
Ne pas tuer celui qui demande merci (grâce)
Ne pas continuer le combat après avoir été gracié
Ne pas combattre avec des armes déloyales
Etre charitable
S’il est évident que ces idéaux chevaleresques ne furent pas toujours respectés, ils ont toutefois toujours été cités en exemple. En revanche, n’oublions pas qu’ils n’étaient valables qu’entre chevaliers (et leurs familles), c’est-à-dire entre gens de qui on pouvait attendre – et exiger – une équivalente noblesse de comportement.

On restait « entre soi ». L’Eglise a également instauré des périodes (trêve de Dieu, etc.) où il était interdit de combattre. Ces périodes atteignirent jusqu’à quatre jours par semaine. Elle a également cherché à sanctifier le chevalier protégeant le roturier.Ceci dit, on ne combattait pas avec le manant : on le faisait fouetter ou bastonner.Dans le cas d’une compétition sportive, ou même d’un entraînement, on respecte un règlement, mais sûrement pas un adversaire dans le sens où l’entendent les arts martiaux.

Car cet adversaire-là n’en est pas un. Dans le cas du sport, il s’agira tout simplement de marques de courtoisie réciproques entre gens convenables. Le problème est ailleurs :Dans une guerre classique il y a, depuis la fin du XIXème siècle des conventions internationales, et le soldat ennemi, si on a le devoir de le tuer en grand nombre, est pourtant protégé par des lois visant à atténuer un peu les conséquences du conflit.Les lois de la guerre interdisent principalement de maltraiter les prisonniers, et précisent que les civils ne doivent ni combattre, ni être combattus.

Les pays n’ayant pas signé ces conventions peuvent les transgresser mais ne peuvent invoquer leur protection.Lorsque mon père, le lieutenant Dupertout fut fait prisonnier par la SS Panzerdivision Polizei, il avait tué un tel nombre de ses adversaires, à la tête de sa compagnie, que les Waffen SS lui ont rendu les honneurs militaires. C’était tout de même mieux que d’être fusillé ou pendu.

Dans une guerre de partisans, les civils, ignorant les lois et conventions humanitaires, s’attaquent sans uniforme aux militaires et donnent ainsi le droit à ces derniers de les fusiller sur le champ. C’est là un exemple terrible de non respect de l’adversaire, et qui entraîne des conséquences sans fin.Il n’y a pas de limite aux abominations d’une guerre de partisans, qui tuent toujours leurs prisonniers : les enfants, les femmes, les grands-pères et grands-mères participent au conflit et devront donc en subir les conséquences, entraînant des haines héréditaires sur plusieurs générations.

On est très loin du « respect de l’adversaire » ! A la fin, il y a un vainqueur et un vaincu. Et l’on s’aperçoit que les vainqueurs sont généralement ceux qui ont le moins respecté les lois, ce qui donne bien sûr un avantage. Mais alors il vaudra mieux avoir vraiment gagné !

Le vainqueur accusera ainsi le vaincu sans grand risque d’être contredit. Il existe un bas-relief babylonien où l’on voit les généraux vaincus écorchés après la bataille. Vercingétorix fut étranglé sur ordre de César, plusieurs années après sa reddition, le soir du Triomphe de son vainqueur.Et après la 2e guerre mondiale, on a vu pour la première fois dans le monde moderne des pendaisons d’officiers subalternes et supérieurs (Allemagne, Japon), sans parler des soldats, fusillés, ou même pire, torturés par les vainqueurs.

Mais la paix finit toujours par revenir. Et nous aurons donc, faute de mieux, l’agression individuelle. Là aussi, le problème du respect de l’adversaire va se révéler épineux :
s’il m’agresse, ce n’est sûrement pas pour me manifester son respect ;

s’il me respectait, il trouverait bien le moyen de le manifester autrement
de même :si je l’agresse c’est que, à tort ou à raison, je ne le respecte pas, sinon pourquoi se battre ?

Voilà en quelques mots pourquoi j’estime impossible l’éventualité du moindre respect pour quelqu’un avec qui je serais amené à avoir une altercation violente.Par contre, il est souhaitable de respecter non seulement les lois, mais surtout les principes d’humanité et de charité, une fois qu’on a gagné. Pas davantage.

Il y a idée et idée. Dans le domaine de l’art, par exemple, même si on est un peu perplexe face à celui qui préfère Picasso à Delacroix, ou le rap à Mozart, on peut se dire que dans d’autres domaines il a peut-être de grandes qualités. Il aura toujours droit à tout notre respect ce qui, en bon français veut dire que dans le fond on s’en fiche royalement.

L’esprit humain n’est pas capable d’admettre comme vraies une chose et son contraire. Par conséquent, si j’estime avoir raison, je ne pourrai pas, quoi qu’on en dise, concevoir que celui qui dit le contraire a raison aussi. On peut toujours respecter celui qui est dans l’erreur, tant qu’il ne se conduit pas en adversaire capable de nous porter tort, sinon…

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire