lundi 16 juillet 2007

LE CARACTERE

Publié avec l’aimable accord de l’auteur Frédéric DUPERTOUT - 8e dan diplômé du Japon - SAIKO SHIHAN pour l’Europe - SHU SEKI pour la partie “combat réel” du SANO RYU KARATE JUTSU - KYOOSHI - Diplômé d’Etat 2e degré


Un proverbe d’inspiration visiblement taoïste dit que « le clou qui dépasse attire le marteau ». A partir de cette constatation, deux attitudes sont possibles :

- la première, qui consiste à ne pas dépasser pour éviter de prendre des coups de marteau sur la tête, sera inspirée par la prudence. Il y aura là également une recherche d’harmonie bien comprise, qui admet que le monde est soumis à certaines règles et qu’il serait vain de ne pas s’y conformer.

- La seconde, qui elle consiste à dépasser, pour se conformer à la haute idée que l’on se fait de soi-même tout en étant conscient du prix qu’il faudra payer. Ce prix sera généralement élevé et toute la question est de savoir si cette seconde attitude peut être considérée comme juste.

La question est d’importance, car nous sommes tous soumis à ces lois ayant trait à la vie et à la mort. Il s’agit de sélection naturelle, bien sûr, mais aussi sociale, se manifestant à tous les niveaux. Bien évidemment, aucune de ces deux options ne peut à elle seule résoudre tous les problèmes, car la nature, fluctuante par essence, est un subtil (et harmonieux !) dosage des deux.

La qualité qui nous permettra de doser, tout en gardant à l’esprit la nécessité de nous épanouir, de nous affirmer et finalement de nous imposer pour quelque temps à notre environnement s’appelle : LE CARACTERE.

EN EFFET, NOTRE VALEUR NE SE MESURE PAS A NOTRE NIVEAU D’INSTRUCTION, MAIS A NOTRE CARACTERE QUI NOUS DONNE UNE ARMURE INTERNE RESISTANTE. LE SYSTEME D’EDUCATION EST DONC PLUS IMPORTANT QUE CEUX QU’ON MEMORISE.

Ce n’est sans doute pas par hasard que le Japon (entre autres pays asiatiques), qui a intégré les arts martiaux dès le plus jeune âge dans le système scolaire, a plus d’ingénieurs que l’Angleterre, l’Allemagne et la France réunies. Il fabrique autant de navires que le reste du monde, du moins dans ce domaine il suit les lois impitoyables de la nature.

Les occidentaux fonctionnarisée, en voiturés, surchauffés, matérialisés, en vacancés, insouciants d’avenir mais soucieux de digestion ont perdu leur dernière ressource, leur caractère. Nous avons là le résultat de décennies d’antipatriotismes, de haines sociales, de guerres fratricides, d’obsession de confort, de supporters de football et de fast-food.

Il ne fait pas toujours bon être le clou qui dépasse ! Un certain général de haute taille et de grand renom disait : « les français sont des veaux ! ». Depuis, nos compatriotes ont grandi, et ils s’appellent l’insouciance béate du bœuf qui broute l’herbe du sentier par lequel on le mène à l’abattoir. Rares sont les individus osant agir, ou même penser autrement que leur entourage. Cette restriction des idées personnelles et originales, signe évident d’appauvrissement nous fait fuir les évidences et les réalités pour nous réfugier dans le rêve, la chimère, l’illusion.

Alors ?… Il est certain que notre rôle n’est pas changer le monde ni la société. A titre individuel nous ne pourrions pas venir à bout des inégalités, des haines, du chaos et de cette absence totale de fraternité.

Notre rôle est plus simplement de nous réaliser, d’oser parfois assumer le dépassement du clou et le choc du marteau. Les arts martiaux sont faits pour cela.

Il faut se rappeler qu’ils trouvent une de leurs origines dans la formation monastique. Le fameux monastère HSIAO LIN (petite forêt) formait une élite révolutionnaire militaire et morale dont le but à moyen ou à long terme était de renverser la dynastie mandchoue (donc des envahisseurs) pour restaurer les empereurs chinois. A l’heure actuelle, le but des adeptes européens n’est bien sûr plus le même, mais il s’agit toujours d’une démarche visant à nous survaloriser, à augmenter nos capacités intérieures aussi bien qu’extérieures.

Tout fonctionne par alternance. Il est parfois avantageux de se faire oublier, de se fondre momentanément dans le paysage, mais ces périodes devront être entrecoupées par d’autres, durant lesquelles nous sauront, malgré le choc du marteau, relever la tête, ne serait-ce que parce que c’est là notre bon plaisir.

Le texte qui suit1 pourra utilement rappeler à ceux qui se seraient laissé influencer par les idées à la mode que les arts martiaux, même dans leur version modernisée, n’ont pas été conçus pour l’éducation morale et sportive de la jeunesse bien-pensante.

1 In ‘Tao Yin » Juin-Juillet 1997 page 60.

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